[Lis] Desert Pearl Hotel, Pierre-Emmanuel Scherrer

 
Pour Pandora Petersen, il n’y aura pas de Noël en famille. Doris, sa mère, vient d’être enterrée. Ellroy, son père et Tom, son frère, ont regagné l’Idaho. Dans son appartement de Los Angeles, transformé en camp retranché, la jeune femme rumine son chagrin jusqu’à ce qu’elle reçoive une lettre de condoléances glissée dans une gerbe de lys — les fleurs préférées de Doris. Son auteur, un certain Gil Sanders, conseille à Pandora de prendre contact avec Rebecca, une amie de sa mère, qui aurait, laisse-t-il entendre, des révélations à lui faire.

Pandora ne supporte pas de se voir dicter sa conduite. Mais elle ne comprend pas non plus pourquoi cette intime de Doris n’est pas venue à l’enterrement, ne s’est même pas manifestée. Elle finit donc par appeler Rebecca Hamilton, qui l’invite à passer quelques jours chez elle, à Santa Fe.

Au volant de sa Honda délabrée, la jeune femme entame un étrange voyage en forme de jeu de piste. Elle progresse entre grands espaces et sentiment de perte, chaos urbain et souvenirs d’enfance. Messages sybillins, rencontres tour à tour inquiétantes et cocasses ponctuent sa route. De motels miteux en snacks déserts, de serveurs taciturnes en pompistes tatoués, d’embouteillages urbains en tempêtes de neige, elle se rapproche, sans le savoir, d’un secret bien gardé.

Etrangement, plus j’aime un livre, plus j’éprouve des difficultés à en parler de façon rationnelle. Ne vous fiez donc pas à la médiocrité de mon article : ce roman est une merveille !

Tâchons cependant de pointer quelques éléments qui font de Desert Pearl Hotel un livre que je garderai précieusement, pour toujours. La première chose qui m’a frappée est la qualité de l’écriture. Le rythme des phrases (ce critère m’obsède) est parfaitement mesuré, les images sont vivantes, aucun mot ne paraît choisi au hasard, le style est vraiment personnel. Grâce aux comparaisons d’une justesse incroyable, à la narration proche de la réflexion intérieure, on peut réellement comprendre l’héroïne, compatir à sa souffrance et (dans mon cas, du moins) s’y identifier.

En effet, Pandora est inévitablement l’une des clés de la réussite du roman. Imparfaite, légèrement névrosée, elle intellectualise trop mais ses faiblesses ne la rendent que plus attachante. Sa description physique est plus que sommaire, puisqu’en vérité, on ne connaît que la couleur de ses cheveux, mais cela suffit à l’imaginer, à la connaître en quelque sorte.

Le personnage de Doris, sa mère qu’elle n’appelle pas maman, n’a rien à lui envier. Déjantée et instable, elle nous est dévoilée par les anecdotes que Pandora distille au fil des pages (et qui sont signalées par une marge plus large, ça m’a plu). Leurs personnalités, divergentes (du moins en apparence), installent une distance entre elles et ce n’est qu’à la mort de Doris que Pandora réalise le degré de superficialité atteint par leur relation durant les dernières années. Il ne lui reste qu’un moyen pour percer le mystère de sa mère : suivre les indications de Gil Sanders, lapin blanc toujours plus insaisissable, et remonter jusqu’à Rebecca Hamilton, le temps d’un road trip chaotique et éreintant.

Dès les premières pages, j’ai ressenti quelque chose de familier à la lecture de Desert Pearl Hotel. Assez rapidement, j’en ai identifié la source : cet attachement insensé que j’éprouvais envers ce personnage de fiction paumé n’était pas neuf pour moi, et je l’expérimente d’ailleurs à chaque fois que je relis mon roman préféré entre tous, L’attrape Coeurs. Je trouvais sans cesse des parallèles entre ces deux livres (j’aimerais vous citer des exemples mais je refuse de vous gâcher cette découverte) et cela m’a été confirmé par la référence de la page 211 (je ne la citerai pas non plus, vous irez la lire). Je n’ai pas pu m’empêcher d’en toucher un mot à l’auteur, qui m’a très gentiment répondu que mon intuition était la bonne. J’en étais sûre !

J’aurais pu encore vous parler de beaucoup, beaucoup de choses, mais je terminerai simplement en disant que j’ai été très fière de découvrir Desert Pearl Hotel avant tout le monde… Que ce premier roman est une réussite absolue (il me fait perdre mes mots, ce qui n’est pas peu dire)… Que je suivrai de très près les publications à venir de Pierre-Emmanuel Scherrer… Et surtout, que je vous oblige invite à l’acheter dès sa sortie en librairie, le 19 août !

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