[Lis] Sous l’aile du bizarre, Kate Atkinson

 
J’avais littéralement adoré mon premier Kate Atkinson, Dans les coulisses du musée, c’est donc sans hésitation que je me suis offert Sous l’aile du bizarre lorsque je l’ai déniché chez le bouquiniste. La quatrième de couverture semblait d’ailleurs particulièrement prometteuse…Sur une île désolée de la côte écossaise, Euphemie, dite Effie, fait à sa mère Nora le récit de sa vie d’étudiante à l’université de Dundee, tout en la pressant de questions sur ses véritables origines. A une chronique familiale insolite et mouvementée, dont les zones d’ombre se font de plus en plus inquiétantes, répond la réjouissante peinture d’une université des années 70, avec ses professeurs pompeusement monomanes et ses étudiants ignares et abouliques. Mais dans le récit d’Effie comme dans celui de Nora, le mystère est toujours présent et les questions se bousculent. Quelle est la femme mystérieuse qui suit pas à pas Effie dans la nuit hivernale de Dundee ? Pourquoi un détective privé nommé Chick apparaît-il toujours à point nommé ? Qu’est devenu le chien jaune aussi vite disparu qu’apparu ?

Autant vous le dire immédiatement, ce livre m’a profondément désarçonnée! Je m’attendais à quelque chose d’assez classique, dans la veine du dialogue mère – fille, des anecdotes de jeunesse parfois amusantes, parfois émouvantes … J’ai découvert avec étonnement un récit abracadabrant, improbable et insensé, qui m’a dans un premier temps laissée plus que dubitative.

Si, comme moi, vous entrez dans cette lecture en espérant retrouver les cadres traditionnels du roman, vous risquez fortement de vous demander où l’auteur veut en venir et pourquoi, alors que vous avez dépassé la page 200, l’action ne semble toujours pas prête à démarrer. Pourtant, ce qui apparaît déstabilisant contribue à la richesse et à l’originalité de l’oeuvre, qui joue sur tous les codes de la création littéraire.

En effet, l’héroïne est écrivain (même si elle est jugée médiocre par ses professeurs), et les souvenirs qu’elle nous rapporte n’échappent pas à sa manie de retravailler, d’orienter les faits vers une voie plus dramatique ou, au contraire, comique. Les évènements, teintés d’onirisme, s’enchaînent à un rythme impossible, les coïncidences frôlent l’absurde, le décor est archi-théâtral, les personnages s’avèrent pires que des caricatures et la jeune narratrice n’hésite pas à gommer certains détails de son passé afin d’en proposer une version enjolivée, à la demande de son interlocutrice.

Bien que d’abord difficile, j’ai trouvé ces histoires croisées passionnantes, j’ai été captivée par les nombreux mystères évoqués, et j’ai aimé m’interroger en permanence sur la part de subjectivité voire de mensonge présente dans ces témoignages. La question des origines peut paraître vue et revue, mais la façon dont l’auteur s’en empare réserve des surprises et la conclusion du roman est même parvenue à m’étonner!

En conclusion, je recommande Sous l’aile du bizarre aux lecteurs avertis, qui aimeront repérer les références implicites à l’histoire de la littérature et qui s’amuseront de la touche de dérision que l’auteur applique aux piliers du roman contemporain.

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