[Lis] Luna-Park, Elsa Triolet

Des lettres d’amour. Plusieurs expéditeurs, une seule destinatrice. Invisible et présente. Un poète, un homme d’Etat, un journaliste, un grand savant…et tant d’autres essayent de la suivre dans ce qu’elle appelle son  » Luna Park « , avec des attractions terrestres et célestes.

Qu’est ce que les hommes lui trouvent donc à cette Blanche Hauteville ? Peut-être pressentent-ils chez elle un sens de la grandeur. Elle risque sa vie comme un homme. Comme une femme. Car, de nos jours, Icare est femme. Elle va avec ses pauvres ailes, chercher la connaissance dans le bleu du ciel, la vérité dans les puits de la terre, parcourant de blêmes paysages lunaires et désertiques…

Blanche Hauteville appartient à l’âge de nylon, elle ne peut ni accepter, ni admettre la continuation d’un cruel âge de pierre dans notre monde civilisé.

Après avoir lu et adoré Roses à Crédit, je me devais de poursuivre la trilogie d’Elsa Triolet intitulée L’âge de nylon. Le second tome (qui n’a rien d’une suite) est donc Luna-Park, un roman riche, plein de références, de symboles et de mystères.

En terme de genre, Luna-Park oscille entre une forme de policier, un fantastique à peine effleuré, voire un épistolaire partiel. Justin Merlin joue le rôle de l’enquêteur, lancé sur les traces magnétiques de Blanche Hauteville, femme charismatique, irrésistible, que nous découvrons à travers le regard des hommes qui l’ont aimée. Des évènements étranges se greffent à cette découverte progressive, mais le doute n’est jamais levé, l’atmosphère demeure fantômatique.

D’ailleurs, ce motif du fantôme est omniprésent: le personnage du baron, ombre de lui-même, le camping déserté dit du « Cheval Mort » (lieu envoûtant dont la description file la chair de poule), les amants et même Blanche semblent des traces plus que des êtres, des esprits rôdeurs en quête d’apaisement.

J’ai également apprécié l’intertextualité présente dans le roman. Les évocations de Jacquou Le Croquant, mais surtout celles de Trilby, dont l’héroïne devient un double de Blanche, m’ont particulièrement intéressée. Voilà deux titres qui ne vont pas tarder à rejoindre ma bibliothèque! Les autres références qui parsèment le récit sont d’ordre mythologique. Diane, Mars, Vénus, et surtout Icare sont appelés à désigner métaphoriquement Blanche Hauteville, nommée également, dans les dernières lignes, la Dame Blanche.

Le fil rouge symbolique de ce roman tourne autour de la lune. L’histoire se déroule, ou bascule souvent la nuit. Blanche, qui rêve de voyager sur la lune, est rapprochée de cet astre inaccessible, froid, et surtout changeant. Cette métaphore filée vaudrait la peine d’être plus longuement décryptée… Je me réserve ce plaisir pour une éventuelle relecture!

Enfin, comme dans Roses à crédit, on observe un portrait intéressant de la société du milieu du XXe siècle, avec l’anticipation du voyage dans l’espace, l’émancipation croissante de la femme, et les échecs parfois retentissants du capitalisme.

En conclusion, pour toutes ces raisons, celles que je ne cite pas, ainsi que celles qu’une lecture attentive permet de découvrir, je ne peux que vous recommander Luna-Park!

 

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