[Lis] Alabama Song, Gilles Leroy

Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, « Belle du Sud », rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s’est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes…

J’avais beaucoup entendu parler de ce titre et de son prix Goncourt. Je savais que Gilles Leroy y évoquait les Etats-Unis, les années 20, Fitzgerald… Tombant sur le livre chez le bouquiniste, je n’avais dès lors pas hésité à l’emporter. Il m’a cependant fallu quatre ans pour l’ouvrir, alors qu’étrangement, c’est un des rares ouvrages que j’ai emporté lors de mon déménagement.

Je ne regrette pas ce délai, car il m’a permis de découvrir, entre 2008 et 2012, un peu de l’oeuvre de Fitzgerald. La lecture d’Alabama Song n’en a eu que plus de sens pour moi. De temps en temps, les évènements se produisent quand ils sont censés se produire, n’est-ce pas?

Si je considère que connaître Gatsby le Magnifique et Tendre est la nuit ajoute de la profondeur à cette expérience de lecture, je crois néanmoins que ce roman peut se lire seul. Car, en effet, il s’agit bien d’un roman, d’une fiction inspirée par des vies et des faits réels. Gilles Leroy prend de grandes libertés avec l’histoire, ce qui est aussi déstabilisant que passionnant.

J’ai d’ailleurs ressenti une pointe de déception, à la lecture de la note de l’auteur, lorsque j’ai découvert que certaines des scènes les plus poignantes étaient imaginaires. Les confidences de Zelda me paraissaient tellement sincères que je n’imaginais pas un seul instant que ces images de corrida à Barcelone ou que ces discussions avec René Crevel n’aient pas réellement eu lieu. J’aurais aimé en découvrir davantage sur les démarches de Gilles Leroy, afin de pouvoir démêler le réel du fictionnel, dans une postface plus développée, mais ces quelques éléments m’apprennent déjà ce qui importe réellement: l’auteur semble avoir été véritablement habité par l’esprit de Zelda, et il déborde de talent dans ces moments de vie créés de toutes pièces.

Doté, de plus, d’un style riche et précis, qui évolue parallèlement à l’existence de la narratrice, Gilles Leroy nous offre une plongée intime dans l’âme de Zelda. Souvent considérée comme démente, celle-ci apparaît plutôt comme fragile (ou fragilisée), inadaptée à son époque, semblant toujours rechercher quelque chose d’autre, de différent… Dominée par cette quête d’identité féminine, artistique, sociale, sexuelle, Zelda, incomprise, dérange. On veut la faire taire, elle s’arme de ses pinceaux. Scott, lui-même d’une instabilité absolue, n’apportera aucune réponse à ses interrogations. Leur semblant de couple vacille aussi rapidement que leur succès mondain. Après, il ne reste qu’alcool, distance et jalousies.

En conclusion, Alabama Song est un roman touchant, brut et intime, qui apporte un éclairage personnel sur la vie d’un des couples les plus célèbres du XXe siècle.

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5 réflexions sur “[Lis] Alabama Song, Gilles Leroy

  1. Oh génial, c’est super !!

    N’empêche c’est un peu fou, parce qu’il y a à peine quelques jours, je pensais justement à ce couple et je me disais que j’aimerais bien trouver un roman sur eux pour les connaître un peu mieux. Alors parfait hasard? j’en ai aucune idée, mais je suis bien contente. Il rentre directement dans ma PAL 😉

    • Incroyable coïncidence! Par contre, puisque c’est du point de vue de Zelda, ça casse un peu le mythe de l’élégant Francis Scott Fitzgerald, je te préviens 😉 Je pense qu’il est sorti en poche depuis!

  2. Je partage entièrement ton avis quant au fait que l’oeuvre soit au final une fiction, c’est « aussi déstabilisant que passionant » comme tu le dis si bien 🙂

    J’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de cette histoire. Devant la complexité du personnage, je ne suis pas étonné que l’auteur ait pu être tant habité par son spectre. Zelda apparaît comme une femme infiniment intéressante, aux nombreuses facettes, dotée d’une grande intelligence.

    Un très beau cadeau que tu m’as fait!

  3. Pingback: [Lis] 2014, le bilan | Mange, lis, aime

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