[Lis] Le mystère de Roccapendente, Marco Malvaldi – Par le Vert Lisant

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Il existe une grande variété de romans policiers : classiques comme chez Agatha Christie, ou plongés dans l’époque édwardienne comme chez Anne Perry, ou, encore, sombres comme chez Ellory… j’en passe et des meilleurs. Mais, il est rare d’en trouver un qui vous fasse rire tout en donnant à réfléchir. Le « Mystère de Roccapendente » est de ceux-la. Il se déroule en Toscane, en 1895, et il est pétillant comme un Asti spumante, assaisonné comme il convient et relevé d’une pointe d’ail d’ironie.

*

Nous sommes vers les 18 heures, moment de la journée où le baron et ses proches daignent sortir, l’air étant plus frais, Mais aujourd’hui est un jour spécial : on attend la venue du célèbre Pellegrino Artusi. Patientent, donc, le baron ainsi que son fils aîné, Gadolo, qui écrit de mauvais poèmes et qui est fort dépité de ce que l’homme de lettres annoncé par son père n’ait publié qu’un ouvrage de cuisine et, encore, rien qu’un seul ! Ajoutons Lapo, le fils cadet : un gandin, noceur et sans cervelle. Et puis, il y a aussi : Madame Mère, dans son fauteuil roulant, suivie par mademoiselle Barbarici qui, très tôt le matin, se console des avanies de la journée en lampant, en secret et en sous-sol, un verre d’absinthe (aux frais du baron, évidemment). Notons encore les cousines, deux soeurs vieilles filles, l’une vaccinée avec une aiguille de gramophone et qui n’arrête pas de jacasser et l’autre qui se tait pour deux. N’oublions pas Cécila, la jeune fille de la maison qui est la seule sensée de la bande. Il y a encore le majordome, aux avants postes et qui tel soeur Anne guette… pour ne rien voir venir, enfin…  pour le moment.  Ah, j’allais oublier Fabrizio Ciceri : le photographe invité à immortaliser le château et ses hôtes et qui de temps en temps, se fait accompagner par un jeune garçon, qui connaît bien le pays, afin de fixer par quelques clichés certains sites dignes d’intérêt.

 

Et voila qu’une calèche s’amène et qu’en descend monsieur Artusi, d’un certain âge, mais, surtout, vêtu d’une manière incroyable : une redingote et un haut de forme (enfin!!) et une énorme moustache blanche qui lui cache la moitié du visage (pensez donc!!).  Au repas du soir, ne se sert-il pas une troisième fois du pasticcio tant il le trouvait exceptionnel! Quand on est « du monde », deux fois, soit mais jamais trois. Lapo avait bien raison de dire : c’est un Romagnol c’est-à-dire un rustre car ces gens-là ne pense qu’à travailler, manger et amasser du bien. D’ailleurs n’a-t-il pas amené avec lui un livre ! Et à la couverture illustrée, encore bien ! Et qui raconte, je vous le demande ; les aventures d’un anglais, détective privé, aidé d’un médecin retraité de l’armée, On aura tout vu !!!

D’ordinaire, dans un château, les domestiques se lèvent au chant du coq et la famille nettement plus tard, Mais, ce jour là, tout le monde est arraché à son sommeil, fort tôt, par un cri épouvantable. On se précipite et l’on trouve mademoiselle Barbarici évanouie devant la porte, fermée de l’intérieur, d’une sorte de cave ; un endroit frais où se retirait le majordome, pour lire quand il n’était pas de service. Remise de ses émotions, à grands coups de gifles, elle raconte qu’elle y a vu un cadavre en regardant… par le trou de la serrure – ce qui est tout à fait inconvenant.

On éloigne ces dames – qui ne pourraient pas supporter un tel spectacle – et l’on défonce la porte pour trouver : le majordome raide mort. Sur un guéridon, à coté de lui : un verre de porto presque vide accompagné de sa bouteille. Et ne voilà-t-il pas que le sieur Artusi se met à renifler dans cette pièce et… pire, au dessus d’un pot de chambre. Cet homme est un péquenot doublé d’un malade, c’est certain ! Heureusement le baron n’a rien remarqué.

On fait venir le médecin. Ne dit-il pas que le majordome n’est pas mort d’une crise cardiaque mais qu’il a été empoisonné et qu’il faut faire venir monsieur Artistico : le délégué à la sûreté !!! Vous êtes tout à fait certain ? Dans le château d’une noble famille ? Mais il faut bien s’incliner devant la décision du médecin et la force de la loi. L’enquête va commencer dans des conditions bien difficiles ; après tout le délégué n’est qu’un manant. Qu’il interroge, soit mais dans les formes et le respect !

Mais ne voilà-t-il pas que le lendemain, alors qu’il se fait prendre en photo par monsieur Ciceri, monsieur le baron reçoit, en plein dos, une décharge de chevrotines pour les sangliers. Et de nouveau le médecin ; et de nouveau le délégué ; et de nouveau une enquête. Oh, elle est vite menée : Ciceri prenait une photo à ce moment-là, le tireur est sur le cliché, assurément.

Mais, bien sûr les choses ne sont jamais telles qu’on les perçoit à première vue, Et bien sûr, le dénouement sera tout à fait inattendu… grâce à monsieur Artusi (et son nez) et, indirectement, grâce à Sherlock Holmes.

 

**

 

Voila un livre court (200 pages environ) et d’un petit format, qui vous fera passer un bon moment d’agréable lecture où le spirituel des réflexions se double d’une enquête policière, certes, mais aussi de l’étude malicieuse d’une famille aristocratique de la fin du 19ème siècle qui n’a pas encore pris conscience que le monde changeait.

 

Ajoutons que Monsieur Bartusi a réellement existé. C’était un marchand de draps et de soieries, fortuné, mais qui, excédé par le flou des recettes de son époque, s’était décidé à écrire un ouvrage où tout serait précisé. Ce livre est à la base de la cuisine nationale italienne ; il fait, encore aujourd’hui, autorité.

Merci le Vert Lisant!

 

 

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