[Lis] L’assassin modéré, G.K. Chesterton – Par le Vert Lisant

Je l’avoue, j’ai une prédilection pour les livres de G.K. Chesterton. Il a l’art de commencer son récit par une situation simple, puis de sembler embrouiller les cartes pour nous mener vers quelque chose d’irrationnel. Et de conclure par une fin parfaitement logique.

Ainsi, prenez, par exemple, la Polybie: un vague protectorat anglais, quelque part près de l’Égypte. Un lieu pas très sûr: le précédent gouverneur s’est fait tuer. Le présent, célibataire, a amené avec lui son neveu Tom qui est un garçon disons pas très avancé pour son âge (c’est la raison pour laquelle il a, à présent, un précepteur) et ses deux nièces: Barbara et Olive qui, cela tombe bien, est l’épouse du vice-gouverneur.

Barbara, pour le moment, se promène le long du sentier qui mène à la résidence. Comme elle marche d’un bon pas, elle rattrape, chemin faisant, un homme grand, vigoureux, vêtu d’une redingote, coiffé d’un grand fez rouge et maniant un parapluie vert. Il est très myope et, de ce fait, arbore un lorgnon au verre épais. Je vais, dit-il à Barbara, remettre une note au gouverneur. S’il proclame, demain, une autonomie de façade, je crains le pire, surtout pour les Anglais.

A présent Barbara est dans la véranda de la résidence. Y discutent: le gouverneur, le vice-gouverneur, un éminent financier; il y a, bien sûr, des dames et aussi un auguste révérend auprès duquel elle s’est assise et qui lui tient un discours sans fin où se mêlent archéologie et futures situations apocalyptiques. Ainsi placée, Barbara n’entend, outre les propos du révérend, que des bribes de la conversation où il est question de la déclaration d’autonomie «raisonnable» qui mécontentera, bien sûr, les extrémistes des deux bords; des manifestations sont à craindre et la force armée très mal préparée.

C’est alors qu’entre Tom suivi de son précepteur, monsieur Hume. Le gouverneur se met à faire à son neveu un sermon sur l’importance de l’étude car, d’une part… et d’autre part… Tom, alors pousse un glapissement aigu, répétant, en agitant les main : d’une part, d’autre part. Le précepteur le calme et le reconduit à son pavillon. C’est alors que Tom profère: « Je ne l’aimerai jamais, j’aimerais le tuer ».

Le pavillon du précepteur est simple, voire austère: des livres de poésie, des ouvrages d’auteurs latins, dans un coin un fusil à deux canons couvert de poussière et une rangée de pipes en ordre quelconque. Il est plongé dans ses réflexions quand apparaît Barbara: elle est inquiète pour Tom. Mais Hume la rassure: Tom va bien, le tout est de savoir comment le prendre. Barbara parle ensuite de sa curieuse rencontre. C’est le Dr. Grégory, comme il se fait appeler, dit Hume, un homme qui connaît trop bien le dessous des cartes politiques. Quant à lui, Hume, il fuit les extrémistes, il est un modéré mais bien incapable d’agir car bien incapable de haïr.

Sur le chemin de retour, Barbara croise le Dr. Grégory qui la menace. Hume intervient, une bagarre s’en suit; l’homme s’enfuit en perdant son lorgnon. Le lendemain, un tir de fusil blesse le gouverneur, en promenade. Celui-ci touché au mollet s’est étalé sur le chemin qu’il suivait. On arrête le Dr. Grégory bien suspect car bien dangereux. Mais Hume fait remarquer que sans son lorgnon, myope comme il l’est, cet homme est bien incapable de viser. Qui plus est, il s’était déjà fait arrêter, pour propos séditieux, bien avant le coup de feu.

Tom, alors ? qui a proféré des menaces. Mais la piste est vite abandonnée. Il ne reste plus qu’à investiguer. Et ne voilà-t-il pas que l’on trouve un fusil, à deux canons, près de l’endroit où le coup de feu est parti mais… dans le jardin du révérend. Impossible dit Hume, le révérend a des lubies mais il n’est ni dangereux ni coupable. Voyez le fusil, le deuxième canon est chargé, s’il avait voulu tuer le gouverneur, le révérend aurait tiré le second coup.

Et la meilleure preuve qu’il est innocent, dit Hume, c’est que c’est moi le coupable. Il est, ajoute-t-il, un excellent « fusil » et, pour le prouver, il tire et atteint le centre d’une des cibles disposées pour l’entraînement de la force publique. S’il a agit ainsi, c’est parce qu’il est un modéré.

Évidemment, on l’arrête pour meurtre. Le commissaire l’assure qu’il est bon pour la corde. C’est alors que Hume lui pose cette étrange question: « Avez-vous déjà pendu quelqu’un pour l’empêcher de se pendre ? ».

Le croiriez-vous, la solution de cette énigme va le faire sortir de prison et  renvoyer en Angleterre le vice-gouverneur et sa charmante épouse. Pourquoi ? Comment ? La solution est dans le livre, elle est simple, logique, irréfutable. Et si vous ne la trouvez pas, il ne reste plus qu’à vous procurer l’ouvrage. Il est parsemé de réflexions teintées d’ironie mais souvent justes; le style est des meilleurs, l’intrigue est des plus surprenantes et il vous fera passer un bon moment…. Et en plus le texte est suivi d’un court récit intitulé : « L’homme au renard » tout aussi bien écrit et tout aussi déconcertant.

 

Qu’attendez-vous, donc, votre libraire habituel vous attend !

 

 Merci le Vert Lisant!

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