[Lis] Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage, L.C. Tyler – Par le Vert Lisant

 

Que voici un titre peu banal ! J’avoue qu’il m’a bien intrigué au point de me décider. J’ai acheté le livre et je l’ai lu avec délice. Il m’a rappelé ce film d’Audiard avec, aussi, un interminable titre : « Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canard sauvages ». C’était une histoire déjantée de lingots d’or qui devaient revenir, à son avis, à la pétillante Rita mais que des malfrats se piquaient les uns aux autres. Si bien que la pauvre avait finit par se plaindre auprès de sa tante, laquelle s’était exclamée: « Il va falloir assassiner un peu ». C’est tout dire ! Ce film ne se prenait pas au sérieux et il était l’occasion, pour Audiard, de placer ses savoureuses répliques dont il avait le secret.

Notre roman est du même tonneau, dans le genre policier (quoique!); mais il est au roman policier « classique » ce que le théâtre de boulevard est au théâtre : c’est amusant, sans prétention. Drôle mais bien conçu.

Dans le livre, deux personnage racontent, tour à tour l’histoire : lui c’est Ethelred qui, sous des pseudonymes différents, écrit de médiocres romans, ou policiers ou historiques ou à l’eau de rose ; elle c’est Elsie, son agent littéraire, dont le mauvais goût pour s’habiller est à ce point qu’il en devient drôle. Et pour bien montrer que tout cela n’est pas sérieux, elle entame sa partie en affirmant qu’elle déteste les romans où l’on s’aperçoit que le narrateur a changé tout comme la police de caractère. Ce qui, dans ce roman, est bien le cas.

Et puis, il y a Géraldine, l’épouse de Ethelred, enfin son ex (l’ex du suivant aussi, d’ailleurs: Rupert), qui a laissé un mot d’adieu à ce bas monde, dans une Fiat rouge, de location, qui n’affiche que 500 km au compteur. Mais pourquoi diable a-t-elle été louer une voiture alors qu’elle en possède une, une Saab décapotable? Et que sont devenus les 600.000 livres qu’elle a réussi à soutirer à sa soeur, à son ex (enfin, son deuxième ex : Rupert), à son banquier… Certes, elle les a planqués dans un coffre, en Suisse, sous un pseudonyme, évidemment. Seulement…. ils n’y sont plus. Quelqu’un les a retirés. Comment est-ce possible ? Ce n’est pas, apparemment, Géraldine puisqu’on l’a retrouvée morte, étranglée.

Elthelred, appelé à identifier le corps, a bien affirmé qu’il la reconnaitrait entre mille ! Et la police est sur la piste d’un tueur en série ! Alors qui a filé avec les 600.000 livres ? Oui, qui ?

 

*

L’auteur livre non seulement un bon roman policier, même si le ton est souvent badin, mais aussi sous le couvert d’Ethelred, des réflexions sur l’art d’écrire ce type de roman: il faut tout au long du récit, dit-il, entre autre, semer des indices qui tout à la fois bernent le lecteur et mènent logiquement à la conclusion. Ce qu’il fait, bien sûr. Au passage, il égratigne quelques romanciers dont Agatha Christie mais c’est de bonne guerre puisque elle-même n’avait pas hésité, dans deux de ses romans, à démonter les techniques narratives de quelques uns de ses prédécesseurs.

*

Nous avons, ici, un livre plein d’humour où l’auteur ose pratiquer l’auto-dérision tout en maniant ce style élégant qui caractérise nombre d’écrivains anglais; un livre que l’on dévore avec délectation et qui vous fait maudire l’importun qui, avec son coup de fil, vous arrache à votre lecture.

Merci mille fois, cher Vert Lisant!

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