[Lis] Une place à prendre, J.K. Rowling

Bonjour à tous! Nous y voici, c’est le jour J, autrement dit: la date limite de publication des articles pour Les matchs de la rentrée littéraire, avec Price Minister. J’aurais aimé rédiger mon commentaire avec un peu d’avance, mais il se trouve que j’ai été débordée et que j’ai terminé le livre de mon choix hier, à 23h55 précisément. Pour rappel, j’avais déjà participé à l’opération l’an dernier (et remporté le prix de la meilleure chronique consacrée à Freedom, de Jonathan Franzen). Mais trêve de bavardages, et place au roman!

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Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable. Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie. Attendue de tous, J.K. Rowling revient là où on ne l’attendait pas et signe, avec ce premier roman destiné à un public adulte, une fresque féroce et audacieuse, teintée d’humour noir et mettant en scène les grandes questions de notre temps.

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Rarement je n’ai ouvert un livre avec autant de fébrilité et d’appréhension. Pour moi, comme pour la planète entière, J.K. Rowling reste avant tout l’auteur des aventures d’Harry Potter, qui incarnent, toujours à mes yeux, la meilleure série de romans de jeunesse jamais écrite. Bien évidemment, j’ai essayé de me détacher complètement de l’univers de Poudlard, et j’ai été aidée dans cette tâche puisque Une place à prendre s’avère aux antipodes d’un monde où règne la magie et où le bien triomphe toujours.

C’est en effet un ouvrage dans la veine du réalisme qui nous est proposé: loin du fantastique et de la sorcellerie, nous sommes plongés dans un quotidien sans fard, sans apprêt, et d’une noirceur parfois insoutenable.

Dès les premières pages, nous découvrons Pagford et ses habitants hauts en couleur. Chaque chapitre se centre sur un foyer, ce qui donne l’impression de visiter la bourgade et de voir les lumières s’allumer successivement, dans une maison, puis une autre, nous permettant de jeter un coup d’oeil indiscret à la vie intime de ses occupants.  Nous nous apercevons alors très rapidement que, derrière les jolis rideaux et le masque des éternelles bonnes manières, se tapissent colère, lassitude et lourds secrets de famille.

Les personnages sont formidablement décrits, d’une incroyable cohérence, d’une profondeur véritable. Chaque lecteur reconnaîtra dans Howard, Ruth ou Gavin, les traits, peut-être déformés, d’une personne de sa connaissance. J.K. Rowling est une fine observatrice de l’âme humaine, et elle parvient à modeler des êtres tridimensionnels, détestables ou attachants, mais qui ne peuvent, en tous les cas, laisser indifférent. Ce qui est plus extraordinaire encore, c’est que, bien que l’on ait le très net sentiment de les connaître depuis toujours, les protagonistes de ce récit parviennent toutefois à nous surprendre, notamment lorsque leurs vrais visages se voient dévoilés publiquement. Ces révélations, quelquefois amusantes, souvent choquantes, nous maintiennent en haleine, au fil des 680 pages.

On se laisse, il est vrai, facilement prendre au jeu des commérages, et c’est ainsi que l’on se retrouve, sans s’en apercevoir, gagné par l’esprit de village qui règne à Pagford. On tourne les pages avec avidité, comme si l’on venait de tomber sur le journal intime d’un proche. On prend plaisir à décrypter les faits et gestes, à analyser les relations, à prédire ce qui pourrait se produire…

Et si l’on s’accorde un peu de recul, on finit par s’apercevoir que ces personnes, dont on se moquait volontiers, ne sont pas si éloignées de ce que nous sommes. Avec Une place à prendreJ.K. Rowling nous tend un miroir, sans doute grossissant, en espérant que ce reflet peu flatteur incite à la réflexion, même une fois le roman refermé. Pari gagné.

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18/20

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2 réflexions sur “[Lis] Une place à prendre, J.K. Rowling

  1. Je suis en train de le lire. Je ne suis pas un très grand lecteur ( voire pas du tout ) mais j’apprécie ce livre.

    J’avouerai que j’ai eu un peu de mal au début avec le nombre affolant de personnages !! Mais après quelques minutes de réflexion, comme tu dis, on a l’impression de les connaitre depuis toujours.

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