[Lis] La ronde des mensonges, Elizabeth George – Par le Vert Lisant

rondemensonges

Vous est-il déjà arrivé de refermer un roman, de fort mauvaise humeur. Avec cette fâcheuse impression de vous être fait « arnaquer » ? Car c’est ce que je viens d’éprouver avec ce roman. Pourtant les critiques l’ont couvert d’éloges et la plupart des lecteurs aussi . Ont-ils lu le même livre que moi ?

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L’intrigue peut se résumer, à très grands traits, comme suit: Ian Cresswell, le neveu, le comptable, l’homme de confiance de l’industriel Fairclough a quitté son épouse pour aller vivre, avec ses deux enfants, chez un certain Kaleh Mehran. Or, on vient de le retrouver noyé dans le hangar à bateaux de la propriété de l’industriel. En fait, il s’est violemment disputé avec Kaleh et, à la suite de quoi, il est parti faire un tour en scull pour se calmer. De retour, en voulant se hisser, il s’est appuyé sur des dalles du quai de l’embarcadère. Ces dernières ont cédé. Il s’est, ainsi, assommé en tombant et s’est noyé. La police puis le coroner ont conclu à l’accident.

Mais l’industriel est inquiet. Et si, sous l’emprise de la jalousie, son fils Nicholas avait tué, habilement, Ian ! Car Nicholas a eu une jeunesse « difficile » : il a fait pis que pendre et subi trois cures de désintoxication. Certes, à présent, il s’est assagi de peur de perdre son épouse Alatea, une très belle argentine, dont il est follement amoureux, mais….

Fairclough fait jouer ses relations et l’inévitable inspecteur Linley (c’est le 17ème roman où il apparaît) est chargé de l’enquête. En toute discrétion, cela va de soi! Ce dernier part, donc, pour le vaste domaine des Fairclough, accompagné des non moins inévitables Deborah et Simon St James. Le plan est que, pendant qu’ils investiguent, Deborah se présente en tant que documentaliste, chargée de faire des repérages chez Nicholas. Un producteur cinématographique serait intéressé à réaliser un film sur sa jeunesse et sa rédemption. Mais, obsédée par le fait, qu’elle a vite découvert, qu’Alatea – tout comme elle – ne peut avoir d’enfant, elle finira par orienter, maladroitement ses questions sur ce sujet. Elle va être ainsi, suite à quelques coups de fil donnés par Alatea, démasquée et priée de ne plus revenir. Elle va, cependant, s’obstiner et mener des recherches pour son propre compte. Pourquoi Alatea refuse-t-elle d’être examinée par un médecin, que manigance-t-elle, quel est son secret ? Là encore, Deborah va gaffer et ses investigations vont mener, malheureusement, droit à un désastre.

Linley, quant à lui, a demandé à une autre de ses complices, le sergent Barbara, de poursuivre des enquêtes à Londres où lui-même ne peut se rendre. Et de, notamment, chercher à savoir qui est Alatea. C’est Barbara qui va, après bien des difficultés, découvrir quelques dérangeantes vérités. Et c’est ainsi que, à la fin de l’ouvrage, lors d’une réunion de famille, les masques vont tomber et que les « mensonges » vont se révéler.

Et l’enquête policière, me direz-vous ! Et bien, il n’y en n’a pas. Très vite, après avoir examiné le quai, Linley et Simon concluent, eux aussi, à l’accident. Voici, donc, un soi-disant roman policier de quelques 657 pages où l’on investigue sur tout mais où il n’y a ni meurtre ni assassin.

Alors qu’est-ce pour un roman ? C’est une sorte de patchwork d’histoires qui tentent de cerner, surtout dans ce milieu de riches bourgeois, une foule de personnages et leurs relations plus ou moins aigres-douces sinon agressives. L’on rencontre les deux sœurs de Ian : Manette, divorcée mais qui vit avec son « ex mari »; Marion, handicapée dès l’enfance, et pour qui l’industriel passe tous ses caprices; Tim, le fils de Ian, un ado révolté et violent qui semble embarqué dans une affaire mystérieuse et louche; Zed, le journaliste d’une gazette à scandales qui cherche de quoi satisfaire son rédacteur en chef. Et c’est sans compter: l’épouse de Ian ou, encore, Kaleh, ou encore…..

On a bien du mal à s’attacher à cette ribambelle de personnages dépourvus de profondeur psychologique, d’autant plus qu’après avoir consacré plusieurs pages à l’un d’entre eux, l’auteur s’ingénie à passer à un autre lieu et un autre personnage. Le récit en apparaît comme décousu et le lecteur se perd à lire des événements très accessoires. Il y a des longueurs et l’on peut sauter, allégrement, certains passages sans que cela nuise à une histoire languissante et brouillonne. Un lecteur, déçu, avait fait cette remarque: « beaucoup de littérature pour peu d’actions »; les Italiens auraient dit:  « « molto fumo e poco arrosto ». Ajoutons que le roman ne se rachète pas par son style. Ce dernier est quelconque, ni bon ni mauvais ; il semble tout droit sorti d’un de ces « master en écriture de roman » qu’offrent certaines universités américaines.

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Si vous souhaitez découvrir les mœurs et les mensonges d’une certaine bourgeoisie, le film « Poulet au vinaigre » vous en dira tout autant sinon plus et mieux. Si vous êtes intéressé(e) par d’agréables romans où l’intrigue policière est très secondaire, voyez du côté de Lilian Jackson Braun, ils sont faits pour vous (en plus ce sont, à chaque fois, les deux chats siamois du « héros » qui découvrent les indices)

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Avec ce dix-septième roman consacré aux enquêtes de l’inspecteur Linley, Elizabeth George paraît, ici, en petite forme. L’ouvrage qui ne m’a pas convaincu, s’adressera de préférence, aux amateurs de cette série, qui en feront leurs délices et qui, sans nul doute, se montreront, aussi, indulgents.

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