[Lis] Le peuple des ténèbres, Tony Hillerman – Par le Vert Lisant

navajo

Cela commence d’une manière bien étrange : un homme « très blond » fait exploser le camion pick-up qu’Emerson Charley, un Navajo, vient de stationner sur le parking de l’hôpital où il entre pour faire soigner un cancer en phase terminale. Plus étrange, encore, quelques semaines plus tard, le même homme s’introduit dans la morgue de l’hôpital pour y voler le corps de ce Navajo qui vient de décéder et pour aller l’enterrer dans un lieu improbable.

Entre-temps, en l’absence de son mari, l’épouse du richissime Vines a fait venir Jim Chee, qui appartient à la police tribale navajo, car elle veut l’engager à titre privé: on a fracturé, dans leur demeure, un petit coffre et dérobé une boîte qui, à vrai dire ne contenait rien de valeur. C’est, dit-elle, assurément un Navajo qui a fait le coup et ses soupçons se portent sur le fils du contremaître,  Dillon Charley, qui connaissait la cachette du coffre et qui venait, souvent, dans la maison, avec ce dernier. Elle promet, à Jim, 3.000$ pour retrouver cette boîte. Pourquoi n’a-t-elle pas averti le shérif ? Son mari et celui-ci ne s’entendent pas du tout. Cela remonte à l’époque où il faisait défendre et libérer des Navajos adeptes de la consommation (interdite) du peyotl. Elle ne s’attend, de sa part, qu’à une enquête bâclée.

Néanmoins, Jim se doit d’avertir le shérif, car le délit n’a pas été commis sur un territoire de juridiction navajo. Il doit aussi réfléchir à cette offre qu’il hésite fortement à accepter.

Quelques jours plus tard, c’est le mari qui fait venir Jim. Le shérif a envoyé un sous-fifre qui a, à peine, investigué. Mais, soit, tout cela est sans importance, car il s’agit d’un malentendu: c’est son épouse qui, à l’aide d’un pied de biche, a fracturé le coffre. La boîte ne contient que des souvenirs. On peut tout oublier. Et voici 200$ pour votre dérangement !

Lorsque Jim apprend qu’Emerson, le fils de Charley, est mort à l’hôpital des suites d’un cancer, que l’on a fait exploser son pick-up et que l’on a dérobé le corps, cela l’intrigue fortement. Et puis pourquoi offrir 3.000$, une somme considérable en 1980, pour retrouver un objet sans importance. Pourquoi n’a-t-on volé aucun des objets de valeur qui étaient à portée de la main? Pourquoi le mari accuse-t-il sa femme? Pourquoi Emerson? ….

Poussé par la curiosité, Jim a, entre-temps, questionné Henry Becenti, le policier qu’il a remplacé. De ce que ce dernier lui apprend et de quelques révélations faites par Vines, on comprend qu’autrefois, une compagnie avait obtenu, non loin, une concession. Elle y avait foré un puits à la recherche de pétrole. La recherche s’étant avérée vaine, elle décida de refermer le puits en y faisant sauter une charge de nitroglycérine. Celle-ci explosa au cours de la manœuvre pulvérisant hommes et biens. Or, parmi les victimes se trouvait… le frère du shérif. Très étrangement, Dillon Charley qui était à la tête de « l’église du peyotl », avait averti les Navajos de son équipe de ne pas aller travailler ce jour-là: il avait eu une vision prémonitoire. Quelques années plus tard, monsieur Vines, un géologue, est arrivé. Il avait repris la concession; il avait alors fréquenté les membres de « l’église du péotl » et leur avait assuré que lui aussi avait eu une vision: la concession abritait de l’uranium, ce qui s’avéra exact. Il avait vendu la concession pour un pont d’or à une firme tout en obtenant, de celle-ci, un pourcentage sur les ventes. Qui plus est, il avait baptisé ces Navajos du nom de « peuple des ténèbres » (car ils ne travaillaient pas à la clarté de la surface du sol), et il avait offert, à chacun, un « totem »: une petite taupe, en pierre sculptée, qu’ils devaient placer dans leur bourse médecine – bourse qu’un Navajo porte toujours sur lui. Et, enfin, il avait embauché Dillon comme contremaître.

*

Mais, Dillon est décédé, il y a des années de cela, et son fils Emerson vient à son tour de mourir. Jim subodore, donc, que le coupable est nul autre que le petit fils: Thomas. Mais Thomas n’est pas chez lui. Un gamin, un de ses neveux, révèle qu’il est parti à une « vente de couvertures » et d’ajouter qu’il a déjà donné ce renseignement à un homme… très blond qui dit vouloir offrir un bon prix pour la ferraille qui pourrit près de la maison et qui fut, autrefois, une voiture. Jim se rend à la vente, y aperçoit, très brièvement, cet homme très blond, et y rencontre Mary Lindon, une institutrice blanche. D’abord hostile, celle-ci finit par sympathiser avec Jim et par lui trouver où est Thomas. Ce dernier ne fait aucune difficultés pour avouer le vol. Il voulait utiliser la boîte pour jeter, à Vines, un contre-sort car il le considère comme un sorcier. Elle ne contient, dit-il, que des cailloux noirs et des insignes militaires. Il l’a cachée. Il indique où elle se trouve. Oui, il va la rendre mais demain et à cet endroit. Le lendemain, Jim accompagné de Mary, y découvre un Thomas mort étranglé et un assassin très blond qui tente de les tuer à leur tour.

A partir de là commence pour Jim et Mary, une enquête pleine de « suspense », doublée d’un thriller haletant et sans temps mort. Pourquoi les Vines ont-ils, chacun, menti? Qu’est ce qui les motive? Qui est cet assassin, pour qui et pourquoi tue-t-il et veut-il encore tuer ?

*

Le roman est très bien conçu, l’intrigue est solide, le style fort agréable, Même s’il date de 1980, il n’a pas pris une ride alors que des ouvrages plus récents semblent, à présent, démodés. Le commencer, c’est se donner envie de ne plus le lâcher et de connaître enfin le dénouement de cette histoire. Mais le récit montre plus qu’une passionnante histoire policière: Jim est un être partagé entre sa culture et celle des « blancs », entre son désir d’entrer au FBI et celui de devenir « chanteur » (c’est-à-dire le Navajo qu’on appelle auprès d’un malade pour qu’il chante un des airs traditionnels, non pour guérir mais pour rétablir l’harmonie dans ce dernier, dans sa famille et dans sa tribu). C’est l’occasion pour Hillerman, de nous faire partager sa connaissance, sans pédanterie et sans lourdeur, de certains des aspects de la culture et des mœurs navajos, qui ainsi narrés se révèlent loin d’être une prétentieuse et fastidieuse érudition.

« Le peuple de l’ombre » est le premier roman d’une trilogie, que je vous recommande très chaudement. Jim Chee y enquête seul. Mais on le retrouve dans d’autres romans, également passionnants, où il œuvre avec Leaphorne, un autre enquêteur navajo, plus âgé, et qui, lui, a opté pour la culture des « blancs ».

******

Enfin, si ce genre de récit vous intéresse, qui mêle habilement des indications ethnographiques à une excellente enquête policière: les romans de Arthur Upfield ont, eux aussi, tout pour vous plaire. Ils se déroulent dans l’Australie profonde et le policier est un métis au nom invraisemblable de Napoléon Bonaparte dit, plus simplement, Bony.

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Merci, le Vert Lisant!

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