[Lis] Oui, mais quelle est la question?, Bernard Pivot – Par le Vert Lisant

tobey

Il y a des années de cela, j’avais été écouter le concert donné par un très grand pianiste allemand. Hélas, devenu très âgé, il avait perdu une grande partie de ses moyens et ce fut un récital de maladresses . J’étais sorti gêné pour lui et attristé.

C’est, un peu, le sentiment que j’ai éprouvé une fois la dernière page de ce roman tournée. Il s’agit, soi-disant, de l’autobiographie de Adam Hitch, un journaliste réputé. Encore que, de sa vie, on apprendra peu de chose sinon qu’il est un questionneur compulsif. Cela lui a pris très jeune lorsque, gamin, il avait fini par interroger son confesseur. Plus tard, il questionnera ses parents et grands-parents sur « leur vertu » et, au lieu de recevoir une paire de claques, il eut des réponses amusées. Plus tard encore, au professeur qui lui demandait pourquoi il voulait devenir journaliste, il répondit : « Pour poser des questions ! ».

C’est tout ce que nous saurons de sa vie, sinon qu’il eut un très grand nombre de conquêtes féminines, mais que chaque élue du moment partit au bout de trois jours excédée par ses incessantes questions. Il rencontra, ainsi, deux oiseaux rares : l’une qui était parfaitement indifférente et ne donnait que des réponses vagues, l’autre qui était, elle aussi, une questionneuse invétérée.

Outre le Hitch questionneur il y a, aussi, le Hitch philosophe qui remarque (finement!!) qu’il existe plus de questions que de réponses, qui imagine le paradis comme peuplé d’âmes interrogeant sans cesse et auxquelles il est, sans cesse, répondu. Quant à l’enfer, c’est l’inverse : les questions ne reçoivent aucune réponse. Et pour terminer, il constate que l’essentiel se ramène à trois questions: « D’où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous ? » et après quelques réponses banales, nous avons droit à : « Nous venons de Briançon, nous sommes des coureurs du Tour de France, nous allons à l’Alpe d’Huez ». De l’humour potache que l’on aurait plutôt attendu de l’almanach Vermot.

Et puis, il y a la gaffe monumentale : invité chez les parents de sa dernière petite amie, il ne cesse, bien sûr, de poser des questions et, rapidement, gênantes à propos d’une photo : un couple à Vichy. Et finalement de demander : « Mais qui est cet homme et que pouvait-il donc bien faire dans cette ville et en 1943 ? » Madame sort en pleurant : il s’agissait de son père, haut fonctionnaire aux ordres de Laval. A la suite de quoi le père, de l’élue du moment, le prie fermement de sortir et de ne plus jamais revenir.

Enfin, il y a une scène plus touchante. Lors d’une réunion de famille, il constate qu’on ne répond plus aux questions que pose son père et il se fâche. On s’excuse, on lui donne raison et on prête l’oreille. Mais, à la fin du repas, son frère lui fait remarquer qu’au fond, il s’est vu tel quel, dans vingt ans, tout aussi ignoré.

*

C’est, comme l’écrit un de ses lecteurs, un livre « amusant et malicieux » mais au combien léger ! Le roman est court mais il paraît, rapidement, trop long. Cela fait penser à ces pâtisseries légères, agréables en bouche mais qui manquent sérieusement de consistance et d’un goût de « revenez-y ». Reste la dernière question : « Pourquoi Bernard Pivot a-t-il cru bon d’écrire ce petit ouvrage qui, en définitive, n’ajoute vraiment rien à sa gloire ? »

Merci beaucoup, cher Vert Lisant!

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