[Lis] Roseanna, Maj Sjöwall et Per Wahlöö – Par le Vert Lisant

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Bonjour à tous et à toutes! J’ai le bonheur de vous annoncer aujourd’hui le retour parmi nous du Vert Lisant et de ses articles toujours intéressants. Très inspiré par une récente lecture, il nous propose aujourd’hui un article double: un résumé détaillé de l’intrigue, d’une part, et un commentaire, d’autre part. Pour accéder à cette seconde partie, il vous suffira de cliquer sur le lien adéquat. Bonne lecture!

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Le canal Göta est un long cours d’eau creusé au XIXème siècle et doté d’un certain nombre d’écluses. Destiné, d’abord, au trafic commercial, il est devenu, à présent, une attraction touristique très prisée et vouée à la navigation de plaisance. Des bateaux de croisière le parcourent avec une ponctualité horlogère, s’arrêtant à heure fixe dans l’une ou l’autre ville d’intérêt. Les passagers ont ainsi tout loisir pour visiter telle ou telle cité. A l’occasion, le navire débarquait et embarquait des personnes qui restaient sur le pont et qui le prenaient comme un moyen de transport commode et régulier.

La drague occupée à nettoyer une des écluses, celle de Borenshult, remonta le corps dénudé, étranglé et violenté d’une jeune femme. L’état du corps indiquait qu’il avait peu séjourné dans l’eau. La police locale, se sentant dépassée, fit, alors, appel à Stockholm. L’on dépêcha sur les lieux l’inspecteur détective Beck et ses coéquipiers. Ces derniers se trouvèrent confrontés au manque total d’indices et, donc, à un véritable casse-tête. Qui, donc, était cette femme ? Qui l’avait tuée puis jetée dans l’écluse, et pourquoi ?

L’inspecteur Beck fit, à toutes fins utiles, prendre une photo du visage de la défunte, photo que l’on distribua aux agents locaux. A eux de faire du porte à porte et de rechercher qui connaîtrait, de près ou de loin, cette femme. Les rapports s’accumulèrent qu’il fallut bien dépouiller, au cas où, mais ce fut en vain. C’était une parfaite inconnue pour les habitants de la région. Ce fut, aussi, en vain, qu’il consulta le service des personnes disparues : il n’y avait aucun avis de recherche la concernant et aucune personne portée disparue ne lui correspondait. Il n’y avait rien, désespérément rien.

Il ne restait plus qu’à rentrer, bredouille, à Stockholm. Mais Beck ne voulait pas clore le dossier. Il était du genre patient et obstiné. Et cela finit par payer. Finalement, le renseignement vint des États-Unis qu’il avait, en son temps, contactés. La jeune femme de la photo avait été déclarée disparue. Il s’agissait de Roseanna McGraw, une bibliothécaire, américaine, partie faire du tourisme en Suède.

L’enquête révéla qu’elle avait loué une cabine sur le navire de croisière le Diana. Mais, là aussi la déception fut totale : sa cabine avait été, depuis, louée et relouée. Elle avait été nettoyée à de multiples reprises et il ne restait aucun indice pertinent. Après interrogatoires, les membres de l’équipage furent tous mis hors de cause.

A nouveau l’enquête piétinait. L’inspecteur Beck eut alors l’idée du désespoir, Il fallait contacter les passagers du Diana. Les photos qu’ils avaient prises, durant cette croisière, pouvaient, peut être, fournir des indices. Obtenir, auprès de la compagnie maritime, les noms et adresses des passagers ne posa guère de problème. Restait à les contacter et à les solliciter. Voulaient-ils bien envoyer leurs photos ? La plupart le firent. Mais, là aussi, cela n’apporta rien.

Les semaines passaient et l’enquête restait au point mort, malgré l’obstination de l’inspecteur Beck. Enfin, arriva des États-Unis, une bonne nouvelle : on leur faisait parvenir deux films d’amateurs, pris à l’époque, par des passagers américains du Diana.

Beaucoup de pellicule se révéla sans intérêt, pour l’enquête. Cependant l’on remarqua qu’un homme avait, à plusieurs reprises, abordé Roseanna et avait bavardé avec elle. Son attitude, sur le bateau, le rendit, de suite, suspect. Restait à le retrouver et à l’interroger. L’on envoya, donc, un avis de recherche dans chaque commissariat, avec le signalement et une photo de l’individu. Mais, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Et, une fois de plus, l’enquête n’aboutit à rien. Les semaines passèrent sans éléments nouveaux, jusqu’à ce qu’un jeune agent de police, au hasard d’une rue, repère, enfin, cet homme. Il le suivit discrètement et découvrit le lieu où ce dernier travaillait. Le suspect fut interrogé par Beck mais il avait réponse à tout :  «  Oui, il avait rencontré, à plusieurs reprises, Miss McGraw, sur le Diana ! Oui, il lui avait parlé, mais de tout et de rien ; rien d’autre que du bavardage, des échanges de banalités ! »

L’inspecteur Beck était pourtant persuadé qu’il tenait, là, « son » assassin. Il organisa une filature. Mais cela n’apporta rien ; l’homme avait une vie rangée et régulière qu’il partageait entre son domicile, le bureau et un restaurant, toujours le même. Devant cette impasse et, après mûres réflexions, Beck décida d’une nouvelle stratégie…….

Pour le commentaire, cliquez sur Continuer la lecture

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Maj Sjöwall et Per Wahlöö ont publié dix romans policiers qui présentèrent, au fur et à mesure de leur publication, une contestation de plus en plus violente de la société suédoise. Alors que, dans leur dernier roman : « Les terroristes » leur diatribe est si acerbe que l’on pourrait dire qu’il s’agit d’un pamphlet publié sous l’apparence d’une intrigue policière, leur tout premier volume : « Roseanna » ne présente qu’une critique fort discrète, pour laisser toute la place à l’enquête.

Celle-ci semble le reflet d’une démarche policière authentique, avec des passages à vide et des moments où l’obstination et le hasard la font progresser. Nous sommes, donc, loin des romans d’Agatha Christie où c’est essentiellement par son travail de réflexion qu’Hercule Poirot finit par démasquer le ou les coupable(s) ; nous sommes tout aussi loin de ceux de Conan Doyle : où c’est à partir d’indices que Sherlock Holmes vient à bout de l’intrigue. Ce sont des romans où l’enquête est l’œuvre d’une seule personne. Alors qu’il s’agit, ici, tout au contraire, du travail de toute une équipe appelée à résoudre un cas énigmatique et qui y parvient en suivant une « procédure policière », en dépits de toutes les difficultés, et à force d’obstination. L’enquête est solide, menée sur un tempo d’abord lent mais efficace et qui connaît, vers la fin, une brusque accélération. Le roman paraît, ainsi, sous tension et, en tout cas, son suspense accroche solidement le lecteur. Le récit ne fait en aucune façon, part au sensationnalisme. Roseanna est à peine décrite, les policiers sont des gens ordinaires qui accomplissent, avec soin, une procédure policière classique.

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Ce premier roman qui inaugure ce qu’on a appelé : « le roman nordique », en présente déjà la plupart des caractéristiques : Beck y paraît tout au long comme en proie à un « mal être » indéfini qui se traduit, aussi, par un mauvais état de santé : il est invariablement fatigué ou migraineux, ou déprimé ou enrhumé. Nous y rencontrons, déjà le problème de la non-communication : l’inspecteur aime s’isoler et travailler tard dans son bureau, il néglige sa famille et il ne supporte pas son épouse surtout quand, intentionnée, elle se met à le materner. Ajoutons, enfin, l’authenticité des lieux décrits qui plonge le lecteur dans une impression de réalité, le canal Göta est bien tel qu’il est montré, avec ses plaisanciers ; l’écluse de Borenshult existe et le lieu est proche de Motala, une bourgade de près de 30.000 habitants.

Roseanna est un « police procedural novel »  ancré dans la réalité de la vie suédoise ; c’est une œuvre fort bien écrite et qui agrippe le lecteur du début jusqu’à la fin. Si vous aimez les romans de Mankell, Larson et autre Lackberg, celui-ci a tout pour vous plaire.

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Merci, cher Vert Lisant!

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