[Lis] Le diable s’habille en Voltaire, Frédéric Lenormand – Par le Vert Lisant

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Je ne résiste jamais à l’envie de me procurer le dernier livre de Lenormand, dès que celui-ci est sorti de presse. L’auteur allie habilement fiction et vérité historique en une intrigue pleine de rebondissements, menée à vive allure et marquée par un ton volontiers malicieux. Les courts chapitres se lisent avec délice dans une narration jubilatoire, dont l’intérêt ne se dément jamais. Un livre que l’on dévore avec plaisir.

 

Alors pourquoi le diable s’habille en Voltaire ? A moins que ce ne soit l’inverse !

 

Voici ! Le révérend Père Pollet est on ne peut plus embarrassé : ne vient-on pas de découvrir près du buffet d’orgue, un professeur de son séminaire, assassiné ! Et comme si cela n’était pas assez, la cellule de ce dernier a été fouillée et saccagée. Mais il y a pire : le vandale a laissé derrière lui une odeur de soufre et des traces de pieds de bouc. C’est, assurément, la signature du diable ! Et que faire si l’on veut éviter, à tout prix le scandale sinon s’adresser à un autre diable : Voltaire. On s’attachera ses services et son silence contre la promesse de l’autoriser à publier ses sulfureuses « Lettres philosophiques ».

 

Soit pense Voltaire mais le cas est lumineux : le coup doit être l’œuvre de quelque janséniste. Mais est-ce aussi simple ?

 

Pour le moment, il commet une audacieuse folie : prendre un bain ! Le porteur de bain monte la baignoire et des seaux d’eau. Cette dernière est un peu trouble mais le porteur assure qu’elle n’a servi que pour quelques personnes « de qualité ». S’il ce n’était que cela ! Ne voila-t-il pas que Voltaire y découvre un orteil surnuméraire ! Et ce n’est pas le seul fait étrange dans cette histoire ! Car, parti à la recherche d’un domestique qui mettrait de l’ordre chez lui, il manque de se faire écraser par un carrosse drapé de noir, roulant à bride abattue, alors qu’un bras dénudé, blafard, dépasse de la malle arrière.

 

Et puis, fait troublant, une jupière morte et enterrée a été vue, par sa servante, deux jours plus tard,se promenant comme si de rien n’était. Il faut en avoir le cœur net et où investiguer sinon sur ce mouroir qu’est l’hôtel Dieu. Et, là, d’appréhender cette femme qui, en réalité est un homme, en jupe, et couvert de toutes les hardes convenables qu’il ôte des cadavres, pour les revendre à un fripier qui, malheur ! a Voltaire comme client. Quoi, dit ce dernier ! Me vendre les frusques d’un malade défuncté ! il va l’entendre passer. En fait non ! L’homme est on ne peut plus mort, son arrière-boutique a été fouillée et saccagée et…. on y trouve des traces ensanglantées de pied de bouc. Diable !!!

 

A coup sûr le criminel est, à présent, à la recherche d’un vêtement particulier, réalisé, cela va de soi, par une jupière. Et voilà Voltaire, accompagné de sa tendre amie, Émilie du Châtelet, transformé en coureur de jupons, ce qui l’amène à déambuler et dans un tripot, et jusque dans les souterrains que les carriers ont creusés sous la ville de Paris. La vérité sur ces crimes… et surtout la publication des « Lettres philosophiques » est à ce prix !

 

Et si ce n’était que le seul souci de Voltaire. Il lui faut faire représenter sa tragédie : « Adélaïde du Guesclin », une pièce résolument moderne puisqu’elle se déroule au Moyen-Age, mais en France, et qu’elle ne se termine pas avec quelques morts. L’auteur aura beau se démener, convaincre les comédiens français de l’accepter, de ne pas déclamer son texte et de jouer en habits d’époque, cela sera un four, et ce, malgré des vers admirables (hum !) :

 

Digne sang de Guesclin,

Vous qu’on voit aujourd’hui

Le charme des Français dont il est l’appui,

Souffrez qu’en arrivant dans ce séjour d’alarmes….

Et je vous fais grâce du reste !

*

 

Frédéric Lenormand connaît son Voltaire sur le bout des doigts ; aussi bien dans ce livre que dans les deux précédents de la série : « Voltaire mène l’enquête » ; il nous présente l’écrivain sous un jour authentique, bien loin du portrait qu’en font certains manuels de littérature, et ce, dans une narration captivante, savoureuse, drôle et impertinente. Je ne saurais trop vous les recommander.

P.S. Et quoi de l’orteil, et du cadavre en carrosse noir… me demandez-vous ? Eh bien, il semblerait que la comtesse Anne de Coigny se passionnait pour des travaux d’anatomie ; tout comme la marquise du Châtelet s’intéressait aux problèmes scientifiques. On doit, à cette dernière, une traduction de l’œuvre du traité de Newton, traduction qui fait toujours autorité.

 *

Merci beaucoup, cher Vert Lisant!

*

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