[Lis] Le pont des assassins, Arturo Pérez-Reverte – Par le Vert Lisant

venise neige

J’ai rencontré l’œuvre d’Arturo Pérez-Reverte avec : « Le maître d’escrime », un petit livre fascinant qui raconte, en un style remarquable, une histoire hors des sentiers battus de la littérature, tout en empruntant le masque d’une intrigue policière. C’est un livre qu’il faut avoir lu. Plus que l’intrigue, le roman vaut par l’analyse psychologique du « maître » à la fois fataliste, volontaire et fier. Perez-Reverte rapporte cette anecdote, celle d’un hidalgo pauvre mais trop digne pour se rabaisser à travailler, et qui le matin sort avec des miettes de pain dans la barbe pour faire croire qu’il a mangé. C’est de cette fierté là qu’il s’agit. Une phrase résume le caractère des personnages : « Jaloux de notre réputation, de notre gloire, arrogants jusque dans la défaite… »

C’est tout cela qui caractérise : « Le pont des assassins » : intrigue, style, volontarisme, fierté et épaisseur psychologique des personnages.

*

La vie d’un spadassin n’est pas un long fleuve tranquille, un jour combattre vaillamment contre les Turcs ; un autre, par besoin d’argent, gagner, sans gloire, la côte grecque pour livrer des armes à des chrétiens luttant, eux aussi, contre des Turcs. Et maintenant, le capitaine Alatriste, à peine débarqué, se voit mandé pour une entrevue secrète, en une maison fort discrète, par les gens de l’ambassade d’Espagne.

Et, là, de rencontrer Don Francisco de Quevedo, un soldat et un illustre écrivain rentré en grâce près la Cour d’Espagne. Il est chargé d’expliquer au capitaine et à quelques autres vétérans des champs de bataille, le projet qu’a préparé l’Espagne : rien de moins que de provoquer un coup d’État, à Noël, dans une Venise trop alliée à la France.

Quatre groupes de soldats aguerris, chacun ayant son rôle, s’infiltreront dans la Cité. Le complot réunit, à nouveau, deux hommes, rompus à l’art de la guerre et au maniement de la dague, mais ennemis jurés : le capitaine Alatriste et le fourbe Malatesta. Cette fois-ci, ils devront s’accommoder l’un de l’autre, du moins le temps de la conjuration. Le capitaine est chargé de ravager, autant que possible, l’Arsenal. Malatesta veillera à ce que le Doge meure assassiné durant la messe de minuit de Noël. Pour coordonner leurs actions, les chefs des comploteurs se réuniront au « pont des assassins », un lieu-dit.

Mais,…. rien ne va se dérouler comme prévu.

*

« Le pont des assassins » n’est pas un roman de cap et d’épée ‘flamberge au vent’. L’intrigue s’installe lentement mais elle ne s’ancre que mieux dans la réalité des gens et des lieux. A la morgue hautaine des gens de l’ambassade répond l’irrévérence des bretteurs fort de leur expérience des champs de batailles et des coups fourrés. Ce sont des soldats rustres, rudes, fiers et méfiants. Chacun sait que si « l’on entre dans une pièce », il faut aussi savoir quand et comment en sortir.

C’est aussi Venise, battue par un vent glacial, blanchie par la neige, avec ses ruelles, son peuples, ses vendeurs, ses filles et ses « mouches » chargées d’espionner tout un chacun. C’est la Douane de mer, c’est surtout l’Arsenal où le lecteur prend la mesure de la puissance maritime de la Cité.

C’est, enfin, l’épaisseur psychologique des personnages. Alatriste logé avec son disciple : Balbao (et, ici, narrateur) dans une maison discrète, tenue par une dame discrète à la quarantaine épanouie, noue, avec elle, au fil du temps et des conversations une relation qui dépasse de loin la simple courtoisie ou la simple« passade ». Les caractères se révèlent, aussi, dans des dialogues : ainsi, entre le jeune, impulsif et arrogant Inigo Balboa et un Malatesta pour une fois conciliant et quasi paisible. Ou, encore, entre ce dernier et le capitaine, devisant « comme deux loups vieillissants » qui connaissent leurs meurtrissures et qui, s’ils se haïssent et sont prêt à s’entre-déchirés, ne s’en estiment pas moins.

« Le pont des assassins » est un livre magistral dont le style magnifie l’histoire. Sa lecture est un vrai bonheur. Je vous le recommande vivement.

  Merci le Vert Lisant!

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