[Lis] Dans la lumière, Barbara Kingsolver

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Bonjour à tous! C’est avec beaucoup de bonheur que j’écris aujourd’hui, puisque j’ai le plaisir de vous parler d’un de mes écrivains favoris, Barbara Kingsolver. J’apprécie sa sublime écriture, ses valeurs et la façon dont elle les défend, c’est pourquoi je n’ai pas hésité un seul instant à choisir son dernier roman dans la liste proposée par PriceMinister, dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2013.

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Dans les Appalaches, au cœur de la forêt, Dellarobia Turnbow aperçoit une lumière aveuglante. La vallée semble en feu. Mais ces reflets rougeoyants n’ont rien à voir avec des flammes. Ce sont les ailes de centaines de papillons qui recouvrent le feuillage des arbres.

Cette étrange apparition devient un enjeu collectif : la communauté religieuse de la ville croit reconnaître un signe de Dieu et certains scientifiques invoquent une anomalie climatique. Toute l’Amérique se met à observer ce coin isolé, ancré dans les traditions rurales : Dellarobia comprend que de simples papillons vont bouleverser sa vie, et peut-être l’ordre du monde.

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Comme toujours, avec Barbara Kingsolver, j’ai débuté ce roman en éprouvant de l’étonnement. Si, d’un roman à l’autre, une thématique, un paysage peuvent être récurrents, il y a toutefois une systématique impression de nouveauté, de surprise, que je trouve agréablement déconcertante. Cette fois, ce n’est pas le cadre spatio-temporel qui m’a intriguée, mais bien la personnalité de Dellarobia, une jeune femme infidèle et sans éducation, au vocabulaire et à l’univers tristement étriqués. On aurait tort, cependant, de la qualifier trop rapidement d’antihéroïne, car, dans sa quête d’une place qui lui soit propre et du sens-même de son existence, Dellarobia va révéler toute sa complexité, toute sa profondeur.

Cette distinction entre le connu et l’inconnu, thème cher à l’auteur, parcourt d’ailleurs le roman, qui oppose sans cesse le monde du visible et celui de l’invisible. Ainsi, l’arrivée massive des monarques aux Etats-Unis, miraculeuse au premier abord, s’avère un drame pour les spécialistes de cette espèce en danger. Mais qui a envie d’écouter ces hommes de sciences et leurs discours alarmistes? Qui veut croire au réchauffement planétaire quand il fait plus froid que jamais? Ce sont les œillères, et la reconstruction d’une réalité édulcorée pour être acceptable, que l’auteur met alors en question.

Deux autres univers, souvent opposés, font également partie de ce roman: il s’agit de la religion et de la science. Chacun d’eux est incarné par les figures allégoriques du Pasteur Oggle et du Docteur Byron. Loin de prendre parti ou de lancer des accusations, Barbara Kingsolver semble, au contraire, vouloir les rapprocher, leur suggérer d’unir leurs forces pour la création d’une société responsable, d’un monde meilleur. Dellarobia, avec sa foi dans la science et son espérance d’une fin heureuse, représente, en quelque sorte, cette synthèse.

Avec leur valeur archétypale, les événements de sa vie de entrent, effectivement, en écho avec chaque thématique abordée, notamment celle de la perte. La mort d’un enfant, la dissolution d’un mariage, ces « fins du monde » personnelles, sont exprimées avec autant d’intensité que l’extinction d’une espèce animale, et la disparition de notre planète telle que nous la connaissons.

Et pourtant, comme son titre l’indique, Dans la lumière n’est pas un ouvrage pessimiste. Toute fin implique un renouveau et toute perte, aussi tragique soit-elle, l’avènement d’un monde différent. L’inéluctable est ce que l’on en fait. Pour Dellarobia, comme pour chacun de nous, il est temps de cesser de fuir et d’entrer dans la lumière, d’affronter la vérité, d’assister, les yeux grands ouverts, à sa dislocation, afin de pouvoir, enfin, imaginer une vie nouvelle.

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En conclusion, ce roman, qui reflète si subtilement notre société et ses épineuses problématiques, est une merveille d’écriture et d’intelligence. Je vous le recommande mille fois!

Je lui attribue la note de 19/20.

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Une réflexion sur “[Lis] Dans la lumière, Barbara Kingsolver

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