[Lis] Le mystère de High Street, Anne Perry – Par le Vert Lisant

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Anne Perry est l’auteure d’excellents romans policiers mettant en scène soit l’inspecteur Thomas Pitt (aidé dans ses enquêtes par son épouse), soit le détective William Monk. Le tout dans une description, sans concession, de l’époque edwardienne où le monde se divise en deux catégories sociales : les ladies et gentlemen et puis : tous les autres. Aussi, un policier si haut gradé qu’il soit n’était introduit chez un « gentleman », pour un « prudent » interrogatoire, que via la porte des fournisseurs.

Et, donc, l’on se demande quelle mouche l’a piquée pour rédiger et publier « Le mystère de High Street », un récit de 80 pages où elle exploite le thème usé jusqu’à la corde du document (convoité par toute sorte de forces plus ou moins obscures et malveillantes) qui va modifier la face du monde en révélant… et là, vous avez le choix.

De quoi s’agit-il, en l’occurrence ? Le gérant d’une librairie découvre, en déballant des cartons de livres – le propriétaire ayant fait l’acquisition de toute une bibliothèque – découvre donc un document ancien sous la forme d’un rouleau. Mais ce dernier, rédigé dans une langue que le gérant ne connaît pas, ne veut ni se laisser photocopier ni photographier. A peine a-t-il fait ces constatations qu’entre dans la librairie une personne âgée guidée par une gamine et qui est prêt à payer une forte somme pour acheter le document. Mais voilà, le gérant, embarrassé, ne peut faire cette vente que moyennant l’accord du propriétaire. A peine le vieillard sorti que se présente « un prince de l’Eglise » (!) qui lui fait la même proposition, qu’importe la somme demandée.

Très intrigué, notre gérant va montrer ce fameux document à un ami « rationaliste » qui voit de suite que le texte est écrit en araméen, langue qu’il ne connaît pas mais où il est capable (on ne sait comment) de déchiffrer un mot : « Judas » . Arrive, ensuite, une troisième proposition celle d’un érudit qui estime que ce texte capital (comment le sait-il ?) doit être divulgué à la face du monde et, en aucun cas, détruit comme l’envisagent, selon lui, les deux premiers acquéreurs.

Entre-temps, le propriétaire est décédé : on l’a retrouvé brûlé dans son lit (par combustion spontanée???) et il a légué sa librairie à son gérant qui, à présent, (ouf!!) peut vendre ce fameux document. Sur la suggestion de son ami rationaliste 1) il enferme le texte dans un coffre-fort et 2) il le met aux enchères, lesquelles se déroulent dans la maison du défunt propriétaire (on n’est plus à une invraisemblance près) . Tout se termine dans un incendie déclenché par la gamine qui est, ici, l’incarnation du mal, mais auquel échappe le (nouveau) libraire et son ami. Quant au document, force est de constater qu’il s’est évaporé car, selon l’auteure, le monde n’était pas prêt pour connaître la révélation qu’il contenait.

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Comment croire, un seul instant, à cette histoire. Voila donc un document convoité par de mystérieux acquéreurs avertis on ne sait comment (par transmission de pensée??) qu’il se trouve, depuis peu, entre les mains d’un gérant de librairie et qui n’ont jamais pensé à faire une offre d’achat à l’ancien propriétaire de ladite bibliothèque, ce qui était bien plus logique. Voila un ami qui sait, spontanément, reconnaître l’écriture araméenne (si vous avez un tel ami, signalez-le moi, sauf s’il a triché en compulsant internet), mais qui, en fait, ne peut traduire le texte, car il ne connaît pas cette langue (!) et qui – voyez-vous cela – peut, quand même, y lire le terme « Judas » !!! Quant au document qui s’est évaporé « parce que le monde n’était pas prêt à en connaître le contenu », on se demande pourquoi il ne l’a pas fait bien plus tôt, alors que le monde n’était pas plus prêt qu’aujourd’hui pour « pareille révélation ».

On pourrait croire à ce qu’Anne Perry se soit amusée à livrer un pastiche, mais non! Dans les quelques pages qui suivent le récit, elle s’en explique avec l’éditeur de « Mysterious press » et elle est bien sérieuse à propos de son texte et du document qui pourrait être, selon elle, l’Evangile de Judas (1). Sérieuse mais guère convaincante !

Alors, oui !, quelle mouche a piqué Anne Perry pour publier un pareil récit ?

*****

(1) Contrairement à ce que semble croire l’auteure, l’Evangile « de Judas » est un texte connu depuis 1978. On trouve, à ce propos, un article dans Wikipedia, si le sujet vous intéresse.

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Merci, cher Vert Lisant!

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