[Lis] L’homme au masque gris, Patricia Wentworth – Par le Vert Lisant

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Je gage que ce nom ne vous dit rien. C’est, en fait, celui de plume de Dora Amy Elles Dillon. Cette dernière, après avoir publié quelques romans, se mit aux « policiers » en créant, en 1928, le personnage de « Miss Silver », soit deux ans avant qu’Agatha Christie ne mette en scène sa fameuse détective « Miss Marple » qui lui ressemble par certains points. Miss Silver mènera l’enquête dans une trentaine de romans qui appartiennent au genre dit classique. Elle est une gouvernante retraitée, toujours attifée de vêtements démodés, passant ses loisirs à tricoter et aimant citer Tennyson. Mais, comme détective, elle est d’une redoutable efficacité. Elle écoute, enregistre les faits et gestes, a l’art – avec son air doux et aimable –  d’obtenir des renseignements que l’on a cachés à la police. Tout comme Hercule Poirot, elle fait fonctionner ses « petites cellules grises » et démasque, ainsi, le coupable. Il s’agit, donc, de romans policiers basés plus sur la réflexion que sur l’enquête elle-même. En Grande-Bretagne, elle est considérée comme une « armchair detective ».

Publié  en 1930 en France(1), ses romans, contrairement à ceux d’Edgard Wallace qui écrivit à la même époque,  n’ont pas vieilli ; ils se lisent aussi bien que ceux d’Agatha Christie qui, pourtant a fini par les occulter, et mieux que certains policiers d’aujourd’hui. Le style est excellent, absolument pas daté ; les intrigues bien menées ; les personnages bien tracés et le récit saupoudré d’une pincée d’humour.

Dans « L’homme au masque gris », Miss Silver joue surtout un rôle (important) dans les coulisses de l’histoire, cédant le premier plan aux différents protagonistes. Dans les romans suivants, Patricia Wentworth approfondira son personnage en lui donnant ses traits caractéristiques ; elle lui fera, alors, jouer un rôle beaucoup plus essentiel et, surtout, beaucoup plus visible.

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Après 4 années d’absence, Charles Moray rentre en Grande-Bretagne, pour recueillir l’héritage que lui a légué son père. Le soir, il décide d’une visite dans l’hôtel de maître familial. Il est étonné de trouver les entrées ouvertes et encore plus de remarquer un trait de lumière sous une des portes. Gamin, il avait trouvé le moyen de voir ce qui se passait dans cette pièce. Il y découvre un homme, le visage dissimulé par un masque gris qui interpelle, sèchement, des complices par leur numéro. A l’un il demande de s’assurer qu’il n’y plus aucun testament, à l’autre il ordonne : « Epousez-la ; si elle refuse, tuez-la ». Charles tombe des nues quand il voit apparaître, dans cette pièce, pendant quelques instants,  Margaret Langton, la fiancée qui a rompu avec lui, de manière inexplicable, alors qu’ils étaient sur le point de se marier, il y a quatre ans.

Plus question, alors, d’appeler la police et, ainsi, de l’impliquer. Sur les conseils d’un ami, Charlie, il s’adresse donc à une détective réputée : Miss Silver. Cette dernière est au courant des méfaits du « Masque gris », un redoutable et insaisissable escroc.

Entre temps arrive, à Londres, la jeune  et un peu écervelée Margot Standing. Elle a quitté la pension suisse, où elle résidait, car elle devrait hériter de son richissime père. Mais, elle se heurte aux manœuvres de son cousin Egbert : le notaire ne possède aucun testament, d’une part, et elle ne peut produire un acte de mariage, d’autre part. Elle est, par conséquent, considérée comme une fille illégitime qui n’a droit à rien. Bien sûr la solution serait qu’elle épouse Egbert, sinon elle serait à la rue et sans aucune ressource. Mais, cette idée lui répugne et elle refuse. Quelques jours plus tard, elle surprend une conversation où l’on intime à son cousin l’ordre de la supprimer. Prise de panique, elle s’enfuit et se retrouve à errer dans les rues de Londres, sans argent et sous la pluie.

Margaret  Langton qui revient de chez Freddy Pelham, son beau-père (un homme effacé, célèbre pour raconter, sans fin, des histoires sans intérêt), la trouve trempée comme une soupe et au désespoir. Intriguée par le nom que cette dernière lui donne, elle décide de l’héberger. Mise en confiance, Margot lui révèle quelle est sa situation et les dangers qui la menacent. Charlie qui vient rendre visite, comprend, de suite, que c’est elle dont les comploteurs parlaient. Il prévient Charles Moray qui accourt ; c’est aussi l’occasion, pour lui, de renouer le contact avec son ex-fiancée dont il est toujours amoureux. Rapidement, il avertit Miss Silver des développements de la situation ; elle doit poursuivre son enquête. Par précaution, Margaret est présentée à Freddy Pelham sous le pseudonyme de Greta Wilson.

Entre temps, Charles a reconnu, en rue, un des membres de la bande d’escrocs. Il n’est autre que Jaffray le majordome de son père. Sa carrure, ses cheveux roux le désignent. Il le suit mais c’est pour le voir, finalement, monter dans une mystérieuse Daimler. Miss Silver, après enquête, peut dire quel est le garage où le majordome a acheté cette voiture, elle peut même donner le numéro des billets qui l’ont payée mais, quant à savoir pour qui Jaffray agissait….

Lors d’un repas, chez Pelham, Margot,  jeune écervelée parle de trop. Si bien que, quelques jours plus tard, Margaret Langton trouve que son appartement a été fouillé de fond en comble. Peu après, Margot  échappe de justesse à la mort : alors qu’elle revenait du théâtre, avec Charles, Charlie, Margaret et son beau père, on l’a poussée pratiquement sous les roues d’un autobus.

Il est clair qu’elle est en danger à Londres. Charlie l’envoie chez une de ses cousines, en province, Celle-ci l’amène dans un grand magasin, la quitte quelques minutes et constate, à son retour, que Margot était partie avec un homme à forte carrure qui l’avait fait monter dans…. une Daimler.

Charles, mis au courant, se précipite chez Miss Silver qui lui donne, illico, l’adresse où se trouve Margot. Il s’y rend, est introduit par un majordome et trouve la jeune fille vautrée sur un divan et occupée et s’empiffrer de chocolats.

C’est le premier d’une série de coups de théâtre où Miss Silver intervient à nouveau et fort à propos. Et, bien évidemment, le « Happy end » clôture le récit, avec escrocs mis sous les verrous, fiançailles et mariage. Quant au « masque gris », son identité est dévoilée, grâce à Charlie et Miss Silver ; il est mis en fuite et périt dans un accident d’avion.

*

Est-ce bien un roman policier ? Je pencherais pour un « roman criminel » teinté d’humour et faisant une – très discrète – part à une romance amoureuse. On trouve une bande criminelle menée par un individu masqué, copie de James Moriarty,  une orpheline éplorée et menacée de la ruine, des amours contrariées. Tout cela aurait pu tourner au mélo fade et sentimental. Heureusement, il n’en n’est rien. Le récit, fait de chapitres courts, ne laisse pas l’intérêt s’évader, les rebondissements soutiennent une intrigue astucieuse et moins confuse qu’il n’y paraît dans ce résumé succinct. Le lecteur adhère rapidement à des personnages bien campés.

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Pour dire vrai, Patricia Wentworth s’est lancée avec ce premier roman,  dans le genre « policier » dont elle ne maîtrisait pas encore toutes les règles. Il en sera tout autrement dans le suivant : « L’affaire est close », et pour les suivants.

La série « Miss Silver », bien injustement méconnue en France, est d’une lecture des plus agréables et qui pourrait vous faire passer de bons moments. Un certain nombre de ses romans (2) sont parus dans la série 10/18 ; pourquoi, alors, ne pas vous laisser tenter ?

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  • et non en 1934, comme l’on peut le lire sur Internet. L’édition 1930 chez Firmin-Didot, dont je me suis servi, est quasi introuvable.
  • dont celui-ci, en 1995, paru sous le titre : « Masque gris ». Cette édition bénéficie d’une nouvelle traduction qui reprend certains passages qui avaient été omis (sans que cela nuise à l’intrigue), dans la première publication.

Merci le Vert Lisant!

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