[Lis] Faute de choix, Patricia Wentworth – Par le Vert Lisant

swing-dance

A nouveau un roman de Patricia Wentworth ? Eh bien, oui ! J’avoue que lorsque je trouve un auteur agréable à lire, je suis tenté par les autres romans de celui-ci. En plus, il est particulier à bien des égards : publié en 1931, il n’appartient ni à la catégorie « Miss Silver », ni aux quelques romans d’espionnage ou d’aventures qu’elle a publiés par la suite. Il se définit plutôt comme une œuvre « à mystère ». Le roman présente un autre aspect singulier : il alterne une narration écrite « à la première personne » avec celle du journal intime où le héros rapporte une suite d’événements qui le laissent totalement perplexe. Cette forme d’écriture soutient l’intérêt d’un récit qui, par ailleurs, est très plaisant. Le titre en anglais,  « Beggar’s choice », s’avère plus explicite que celui en français.

*

Pauvre Carthew Fairfix, un mauvais sort ne cesse de s’acharner sur lui. Son père décède et ne lui laisse que des dettes ce qui, faute de pouvoir tenir son rang d’officier, l’oblige à démissionner de son régiment. Il est engagé par l’associé de son père, mais celui-ci fait rapidement faillite. Le voilà contraint de se faire embaucher par des firmes de plus en plus minables qui, l’une après l’autre le congédie sans raisons valables, semble-t-il. Et pauvre, il l’est à présent. Incapable de payer son loyer, sautant les repas qu’il n’a plus les moyens de s’offrir, il en est à mesurer ses pas tant il redoute l’usure de ses semelles. Ses amis ne lui sont d’aucun secours : ils lui ont tourné le dos….. Et s’il n’y avait que cela ! Gravite autour de Cart trois jeunes filles qui se sont entichées de lui  : Anna, sa cousine avec laquelle il n’a jamais cessé de se disputer depuis leur toute enfance ; Fay, qui a fini par épouser le fils de l’associé failli : Peter qui est filé aux États-Unis tout en laissant celle-ci, qui habite dans la même pension que Cart, à la bonne garde de ce dernier. Et puis, il y a Isobel Tarrant, celle qu’il aime mais qu’il n’ose même plus approcher tant il est dans la dèche.

Son richissime oncle aurait pu l’aider mais à la condition qu’il épouse Anna. Cart a refusé avec énergie, l’oncle s’est fâché, ils se sont violemment disputé et l’oncle l’a déshérité.

Et voilà que Fay vient pleurer sur son épaule : elle a besoin de 500 livres (1), elle s’est endettée et soit elle rembourse, soit elle devra s’impliquer dans un trafic de drogue. Que faire, il n’a même pas un penny ? Cependant un prospectus attire son attention : « Voulez-vous 500 livres ? Si vous désirez les gagner écrivez à Boîte Z.10, Bourse international du travail, 187 Falcon street ». Le montant qui aiderait Fay !! Il poste sa lettre, on lui donne un rendez-vous le soir. Il s’y rend. C’est à Olding Crescent, un endroit particulièrement sombre. Là, on l’amène en voiture vers une cabane, où on lui propose bien 500 livres mais s’il consent à passer 3 ans en prison à la place d’un autre. Refus et direction la sortie. Aussitôt, on le rappelle et il se retrouve face à Anna qui avoue avoir falsifié un chèque : elle a imité la signature de l’oncle. Cart n’a qu’à faire un autre faux chèque, s’accuser, aller en prison à sa place et recevoir les 500 livres. Nouveau refus, pour tout l’or du monde, il n’entrerait dans pareille combine. Ne reste plus qu’à le reconduire.

Cart rentre dans sa pension. Le lendemain, il est de plus en plus perplexe: « z10 » lui a adressé une lettre. Il est désolé de n’avoir pu être présent au rendez-vous ; il lui en fixe un autre, même heure, même endroit. Cart n’y comprend plus rien. Il va à ce rendez-vous. « z10 » agit, dit-il, pour un patron dont il ne peut dévoiler le nom. Ce dernier désire l’embaucher par un travail secret. Il lui offre une avance de 10 livres. En contrepartie, il devra convier une jeune femme à dîner avec lui au Léonardo, un restaurant chic et cher, et puis d’y danser. Ce sera l’occasion pour son patron de l’observer et de voir s’il convient.

Il va retirer son habit de soirée au Mont de piété, et invite Fay. Qui d’autre ? La soirée voit arriver des connaissances. Il aperçoit Isobel (puis Anna) avec qui il bavarde et danse. L’épreuve est-elle passée avec succès ? Oui, sans doute car « z10 » se manifeste avec de nouvelles directives : « Il doit accepter toute invitation, rencontrer du monde et renouer avec ses anciennes connaissances. »  La semaine suivante, il reçoit, par courrier, une autre avance : 50 livres. Pauvre comme Job, il y a peu de temps, voilà qu’à présent les billets lui tombe dessus comme la pluie en automne. Entre-temps, Fay lui a déclaré n’avoir jamais eu besoin de 500 livres, qu’elle n’a jamais été soumise à un chantage…C’est lui qui a imaginé tout cela, il l’a rêvé. Cart a l’impression que l’on joue, avec lui, à colin maillard..

Il renvoie les 50 livres à « z10 » ; il ne les mérite pas : il n’a effectué aucun vrai travail. « z10 » lui fixe, alors, un rendez-vous, toujours à la même heure et toujours au même sombre endroit. Il le fait monter dans une voiture et lui propose, comme son oncle la déshérité, de se venger de lui et, pourquoi pas, de l’éliminer. « Fripouille » hurle Cart bouillant de rage. Se sentant menacé, l’insaisissable « z10 » sort promptement de la voiture. Cart tente de le suivre, le perd pour voir l’homme lui échapper et fuir dans sa voiture.

Après un autre épisode à Olding Crescent où, s’étant introduit dans le parc d’une villa, il apprend qu’Anna complote contre lui et qu’elle a voulu l’impliquer dans un trafic de drogue, il découvre dans sa chambre tous ses vêtements éparpillés et Fay au milieu. Repentante, elle avoue avoir été contrainte de coudre dans le revers d’une de ses vestes, un bijou d’une valeur inestimable que l’on a volé à son oncle. Cart se rend compte qu’il est tombé dans un traquenard. Des indices, le bijou en sa possession, tout l’accuse. La police est à ses trousses. En fait, elle est déjà dans l’escalier. Il se sauve par les toits et trouve une lucarne ouverte. Il se glisse dans la maison et entre dans une chambre ; c’est celle d’une dame âgée qui assise sur son lit sèche sur les définitions d’un mot croisé. Il lui souffle quelques solutions. Du coup, parce que ces événements rompent avec la monotonie de son existence et qu’il n’est ni un voleur ni un assassin, la dame le cache dans sa garde-robe et rabroue le policier venu fouiller la maison.

C’en est de trop, à la fin ! Cart, furieux, prend une décision. Et, dès lors, les événements vont se précipiter et…. c’est la suite et fin d’une l’histoire  où notre personnage s’est vu confronté à des événements aussi énigmatiques pour lui que pour le lecteur qui, a aucun moment du récit, ne peut deviner tout ce qui se trame en coulisses.

*

Patricia Wentworth réussit à maintenir le suspens jusqu’au bout d’une histoire fertile en rebondissements et en énigmes. L’auteure, mal voyante, dictait ses romans, le résultat est un style fluide que la version française respecte. Les chapitres courts font, pour la plupart, rebondir une action qui accroche le lecteur. L’œuvre est racontée de manière alerte avec une pointe d’humour de ton et de situations. Tout cela fait de « Faute de choix » un roman sans prétention, bien mené et agréable à lire. Il devrait retenir votre attention.

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(1) En 1930, c’est une somme considérable ; c’est aussi une offre exceptionnelle au moment de la grande crise due au krach de 1929.

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