[Lis] Une main encombrante, Henning Mankel – Par le Vert Lisant

country fall

Au commissariat d’Ystad, personne ne s’étonne si des touristes demandent à voir le bureau du commissaire Wallander. Tout comme Sherlock Holmes, Wallander est sortit de la fiction romanesque pour devenir, dans l’imaginaire des gens, un personnage réel, un commissaire à l’existence avérée. Un être trop réel et encombrant, pour son auteur ? Est-ce pour cela que Mankell l’a fait mourir, dans son dernier roman, après l’avoir décrit vieux, grincheux et perpétuellement entre la dépression et la mauvaise humeur. Est-ce pris de remord qu’il publie cette dernière enquête ?  Il s’agit d’un texte court, déjà paru dans une série de nouvelles mais, qu’il a pris grand soin de remanier. Quoi qu’il en soit, on retrouve dans ce roman tout ce qui séduit chez Mankell.

*

Tout commença lorsque son collègue, Martinsson, lui proposa d’acheter la maison à la campagne de son cousin Karl Erikson, devenu trop âgé pour y vivre. Elle est située dans les environs de celle qu’habitait le père de Wallander, il connaît donc bien le coin et c’est une belle région. Tout à coup, le rêve du commissaire prend réalité, lui qui a toujours espéré vivre, avec un chien, dans une maison isolée et loin de tout.

Encore faut-il voire si la demeure lui convient. Muni des clefs que lui a confiées son collègue, il entreprend une visite des lieux. La maison nécessite quelques travaux mais, elle est bien ; le jardin a été planté par quelqu’un qui aimait l’ordre, l’alignement et la symétrie. Mais, voilà, alors qu’il rentre d’un tour dans le jardin, que son pied heurte un obstacle dissimulé par un tas de feuilles mortes. Un outil abandonné, pense-t-il. Puis les réflexes de policier reprenant le dessus, il revient sur ses pas, écarte les feuilles et découvre, sortie de terre : une main. Très rapidement, un périmètre de sécurité est dressé, la police scientifique est à l’œuvre et déterre un squelette. Il s’agit, selon la légiste, des restes d’une femme, la cinquantaine d’années, morte par pendaison et enterrée il y a environ cinquante ans. Des mouvements de sol ont fait remonter le squelette vers la surface.

D’un seul coup, d’un seul, la ferme plaît beaucoup moins à Wallander mais, il a un crime à se mettre sous la dent. Par où commencer ? Le propriétaire actuel est dans un home, trop vieux pour être interrogé et il n’a plus ni femme ni descendants. Alors, on examine le fichier des personnes disparues, à cette époque. Cela n’aboutit à rien. Les titres de propriété montrent que Karl Erickson a acheté la ferme, en 1968, à un certain Gustav Hernander lequel l’a acheté en 1949, à un certain Ludwig Hansson. Mais où cela peut-il bien mener ? A la ferme la plus proche Wallander n’apprend pas grand choses : les Hernander vivaient plutôt isolés, quand on se croisait, c’était du style: « bonjour, bonsoir » !

Pourquoi continuer à chercher après un assassin qui doit être nonagénaire, s’il vit encore, et pour un crime frappé de prescription ?

Pourtant, Wallander ne désarme pas. A force de fouiller dans les registres d’état civil, il finit par trouver la dernière personne survivante des Hansson, une vieille dame très lucide . Mais, là aussi, l’entrevue ne mène nulle part. Alors Wallander retourne à la ferme. Revenir sur le lieu du crime, s’en imbiber, en quelque sorte, y voir plus clair peut-être. Et, examinant le jardin, il se rend compte d’une anomalie : alors que tout est bien ordonné, trois groseilliers ont l’air d’avoir été plantés n’importe comment. Plantés ou… replantés ? Retour de la police scientifique qui finit par déterrer un autre squelette, celui d’un homme, enterré à la même époque que le premier squelette et qui est, lui aussi, âgé d’une cinquantaine d’années.

A présent, il s’agit d’identifier un couple. Et là, malgré le battage de la presse, l’enquête n’avance pas d’un pouce. Jusqu’au coup de téléphone d’un policier âgé qui se souvient d’une disparition étrange : en octobre 44, l’on a trouvé, dans la région d’Ystad une roulotte errant sur un chemin de campagne. Le couple propriétaire, des gens du voyage, avait disparu. C’était des personnes aimables et sans histoire. Mais, faute d’indices, très vite l’affaire avait été classée.

Ce renseignement va finir par mettre Wallander sur une piste qui rend compte du drame et mène à un coupable. Bien entendu, comme d’habitude, je ne vous révèle pas la clef de l’énigme. Il vous reste à vous procurer ce court roman que je vous conseille.

*

Comme dans beaucoup de romans nordiques, on décèle une certaine grisaille – renforcée, dans celui-ci, par une saison automnale désagréable – et comme un désenchantement lattant, mais, comme dans tous les romans policiers de Mankell, on trouve un style agréable, une intrigue efficace, une enquête lente qui, de péripéties en péripéties semble, mais semble seulement, piétiner. C’est, aussi, un univers où les silences l’emportent sur les mots, avec un Wallander qui, comme toujours, se sent las et sujet à de brefs coups de blues  mais, c’est aussi un policier qui s’avère déterminé et tenace. Pour lui un crime même vieux de cinquante ans, reste une énigme à élucider. « Une main encombrante » est un des derniers romans écrits par Mankell et je ne saurais trop vous le recommander.

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