[Lis] Je vous emmène, Joyce Carol Oates

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Bonsoir à tous! J’espère que vous vous portez bien en cette première semaine du printemps. Etant donné le retard de mes notes de lecture, ces dernières risquent fort de se suivre sur le blog… Ceci dit, comme je pars en voyage dans quelques jours, je ne vous promets pas une grande régularité dans mes publications. Je reviendrai en tous les cas pour répondre à la question qui s’impose: quel livre vais-je emporter dans ma valise?

D’ici là, voici mon avis sur le dernier Joyce Carol Oates que j’ai découvert…

En ce début des années soixante, nous n’étions pas encore des femmes mais des jeunes filles. Fait qui, sans ironie aucune, était considéré comme un avantage.

Ainsi commence cette chronique de la vie d’un campus américain à l’époque où le seul diplôme reconnu pour une demoiselle qui se respecte était une bague de fiançailles. Que se passe-t-il dans ce petit monde édulcoré quand une jeune femme pas comme les autres s’éprend d’un étudiant noir alors que la ségrégation raciale bat son plein ? Voilà le point de départ de ce tableau d’une Amérique avant la tempête, encore perdue dans ses rêves d’innocence.

Si j’ai repoussé le moment de rédiger cet article, c’est sans doute par manque de temps… Mais cela n’est pas la seule raison. En vérité, je suis ressortie de cette lecture un peu perplexe. Je reconnais de nombreuses qualités à ce roman, pourtant je ne suis pas certaine de l’avoir aimé.

Si je ressens une telle incertitude, c’est sans doute parce que j’ai été décontenancée par son contenu. L’histoire débute dans une sororité, et je m’attendais à plonger dans cet univers et à suivre une héroïne rebelle, prête à en découdre avec les conventions sociales qui oppressent les femmes, comme avec la discrimination qui exclut les afro-américains.

Et c’est un peu le cas de notre narratrice sans prénom. En effet, celle-ci se fiche du regard des autres, des normes, des préjugés. Elle connaît des accès de révolte et pousse ceux qui l’entourent à révéler leur vrai visage, mal dissimulé par un vernis d’hypocrisie. Mais ses motivations restent troubles.

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On la sent différente et perturbée par une enfance étrange, où aucun de ses proches n’est parvenu à lui témoigner la moindre marque d’affection. On comprend sa quête éperdue d’une famille, d’une complicité, d’un grand amour. Elle se distingue des autres étudiantes par sa passion pour la philosophie, dont elle accumule les citations. Toutefois, si je les ai d’abord considérées comme un apport original de l’auteur, elles m’ont finalement semblé plus obscures qu’éclairantes. Je ne suis donc pas parvenue à m’identifier ni à m’attacher à elle, sur aucun point.

Malheureusement, ce manque d’empathie, je l’ai également ressenti pour Vernon, l’étudiant noir qui sera l’objet de sa fascination. Comme la narratrice, ce personnage n’est pourtant pas dénué d’intérêt et il est parfaitement dépeint – même si je reste dubitative quant au manque d’hygiène que l’auteur ne cesse de lui attribuer. Mais il dégage une telle froideur, il dépense tant d’énergie à mettre son entourage à distance qu’il parvient à communiquer au lecteur une certaine envie de fuir… Il ne figure pas dans la dernière partie de l’intrigue, et j’en ai éprouvé un réel soulagement.

J’ai par contre apprécié que la fin de l’histoire nous ramène aux racines de l’héroïne, et lui permette de régler certains non-dits familiaux et, enfin, d’être libre d’aller de l’avant.

*

Je vous emmène est extrêmement bien écrit, c’est indéniablement un bon roman. Oates a voulu créer un personnage sans identité (Anellia) et un autre qui ne veut être ni connu, ni approché. Elle y parvient sans l’ombre d’un doute, quitte à perdre le lecteur en cours de route. Je ne sais pas si je vous le conseille, bien que le style seul de l’auteur mérite certainement le détour… Je crois néanmoins que d’autres de ses titres vous permettraient de l’apprécier davantage.

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2 réflexions sur “[Lis] Je vous emmène, Joyce Carol Oates

  1. Oui, on a bien envie de passer celui-ci. De toute façon, l’oeuvre de JCO est tellement abondante et constamment renouvelée dans les thèmes abordés que ce ne sera pas trop difficile. Je file voir ton appréciation de Bellefleur…Bon week end

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