[Lis] Veuve noire, Michel Quint par Le Vert Lisant

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Surtout, ne vous laissez abuser ni par le titre ni par la lugubre couverture dont on a affublé ce roman, elle ne correspond en rien au contenu. Veuve, il y a, mais si elle n’est pas « joyeuse » comme chez Léhar,  elle n’est ni vénéneuse ni sinistre, loin sans faut. En fait, il s’agit d’un livre comme j’aimerais en lire plus souvent : si le style est alerte, le récit  captivant, l’héroïne attachante et l’intrigue bien menée, finalement ce qui importe, c’est de voir se recréer l’atmosphère d’une époque révolue : l’immédiate après guerre 14-18. L’auteur donne à voir ce qu’était Paris, en ce temps-là, avec Montmartre et ses auteurs, peintres et autres artistes vivant la bohème sans savoir qu’ils allaient devenir illustres ; avec, aussi son ballet diplomatique : il s’agit de signer l’armistice avec en tête : « Berlin payera ! »

*

    Nous sommes le 11 novembre 1918, Berlin a capitulé ; la France respire et les Parisiens sont en liesse. Mais pas Léonie Rivière : son mari  est disparu dans les tranchées, les emprunts russes que lui et ses parents ont achetés ne valent plus un sous ; elle ne subsiste qu’en écrivant des articles de presse, consacrés à tout ce qui touche à l’art mais, aussi, aux comédies et autres opérettes. Ce jour-là, cafardeuse et rebelle, elle décide d’aller tromper son chagrin dans un café : seule, contre tous les usages, et en ayant dit adieu au corset étriqué et à la jupe qui descend jusqu’à la cheville. Et, alors que, morose, elle s’est attablée, elle se voit offrir un verre de cognac par un charmant monsieur : Edgard Prouelle, ancien combattant, devenu courtier en tableaux. Il était dans les tranchées avec Apollinaire quand celui-ci a été blessé. C’est lui qui la amené jusqu’à l’infirmerie, il a d’ailleurs conservé un bout de papier où l’auteur a consigné, alors, quelques vers.

    Le lendemain, alors qu’elle va assister à la représentation de « Phi-Phi » , une opérette un peu leste pour l’époque, elle croise à nouveau Edgard qu’elle invite. Elle est remarquée par Sacha Guitry et Raimu. Elle et Edgard vont faire « plus amples connaissances » et puisqu’ils s’entendent à merveille, il lui propose d’entreposer, chez elle, tout une série de tableaux, contre 15% du prix de vente. Il connaît toute la bohème montmartroise : Soutine, Picasso, Derain… ,mais aussi Salmon, Cendrars, Breton ; témoin du bouillonnement des idées en art, Tzara vient de publier un manifeste ravageur dans le n°3 de « Dada ».  Léonie est ravie à l’idée d’une source de revenus supplémentaire.

    Le quinze, elle assiste aux funérailles d’Apollinaire, victime de la grippe espagnole, et remarque un photographe qu’elle avait entr’aperçu lors de l’émeute qu’avait occasionnée la première de « Phi-Phi » ; avec son Kodak, il travaille pour la grande presse . Ils sympathisent et, pourquoi ne pas faire des reportages ensemble ? L’ « Excelsior » et le « Petit parisien » les engagent.

   C’est décidé, ils vont faire un reportage sur les agences matrimoniales : il y a tant de veuves à secourir ! A la première, on leur explique que les personnes peuvent choisir sur catalogue. En  feuilletant les pages de photos, Léonie découvre celle de son Edgard qui est devenu « Arthur Séverin ». Elle va retrouver cette photo dans tous les catalogues de toutes les agences. Qui est cet homme et où est-il, à présent, car s’ il se faisait de plus en plus rare, il a maintenant complètement disparu.

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    A Montmartre, Edgard/Arthur est inconnu et ni Modigliani ni Soutine ne reconnaissent leurs tableaux dans la description qu’en fait Léontine. Les tableaux sont-ils des faux ? A force de recherches, flanquée de Rameau, elle finit par découvrir le galetas où est supposé vivre Edgard et l’appartement cossu où réside Arthur. Et, là, un tiroir révèle des paquets de lettres sentimentales écrites par des veuves éplorées qu’il a connues grâce aux agences. Et s’il n’y avait que les lettres! Il y a aussi de l’argent et une liasse de titres français. Notre homme est un escroc au chantage affectif.

    Il n’y a pas que cela, voilà que l’on a pénétré dans l’appartement de Léontine et manipulé les tableaux qu’il abrite. Et, enfin, au retour d’un reportage, elle découvre  qu’on a voulu incendier son appartement. L’inspecteur de police, contacté, est difficile à convaincre : il a sur les bras une autre affaire bien plus importante : un homme chauve, moustachu et barbu, fait disparaître des femmes !

     Je ne vous dévoile pas, bien sûr, ni la suite, ni une fin  très surprenante et qui, en partie, s’inscrit dans l’histoire policière, la vraie.

  ***

    Ce que donne à voir Michel Quint est moins une intrigue que la fresque d’une époque : l’immédiate après-guerre. Léonie est comme l’une des nombreuses veuves qui cherchent à reconstruire leur vie quitte à passer par de douteuses agences matrimoniales, quitte à tomber sur un escroc qui abuse de leurs sentiments. L’enquête à laquelle se livrent Léonie et Rameau leur permet de fréquenter tout le Montparnasse de l’époque : Modigliani, Picasso, Soutine, la célèbre Kiki qui pose pour Modigliani…. Son contrat passé avec deux journaux influents la font admettre à une réception organisée par Gertrude Stein où elle côtoie le « gratin » du milieu artistique et littéraire. Elle interview Pierre Benoît  qui peaufine « l’Atlantide » ou, encore, André Breton avant la sortie du « Nouveau Monde » (qu’il présidera aux côtés de Soupault et d’Aragon). C’est l’époque où « l’art moderne » triomphe. Déjà, le cubisme s’est imposé. Et puis, Paris se passionne pour la « Conférence de la paix ». La visite du Quai d’Orsay, où la conférence se prépare, donne à Léonie matière à articles. Elle et Rameau sont rue Franklin quand un jeune anarchiste tire sur la limousine de Clemenceau.

*

     Michel Quint a réussi à rendre vivante toute une époque tout en passionnant le lecteur par les aventures de son héroïne. « La veuve noire » est un roman qui devrait retenir votre attention.

Merci Le Vert Lisant!

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