[Lis] Le château du lac Tchou-An, Frédéric Lenormand par le Vert Lisant

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J’avoue avoir un faible pour les romans de Lenormand. Ils sont bien écrits et ils sont agréables à lire; de plus, ils présentent, à chaque fois, une intrigue suffisamment adroite que pour soutenir l’intérêt du lecteur. Enfin, bien informé de l’époque où il situe son récit, l’auteur en livre certains aspects tout en ne cédant pas au pédantisme. Je pensais avoir lu tous les romans consacrés au juge Ti, mais celui-ci m’avait échappé et c’est l’un des meilleurs tant l’histoire est habile et le dénouement parfaitement inattendu.

*

Nommé à Pou-Yang, notre juge Ti s’empresse, avec une diligence extrême, de rejoindre sa nouvelle affectation; ses épouses et les impedimenta suivront plus tard. Le voilà embarqué sur un navire qui devient la proie d’un fleuve en crue et déchaîné. Le salut est d’accoster dans le port tout proche d’un petit village. Qui dit village dit aussi auberge où s’abriter. Hélas, c’est une gargote au confort minimal. Comble de malheur, le lendemain, la crue a envahi le rez-de-chaussée et l’un des clients de l’auberge, un représentant en soierie, est découvert assassiné à la porte de l’établissement.

Voilà le juge Ti bien obligé d’enquêter. Et tant qu’à faire, autant s’installer, non loin, dans le château de la famille Tchou, une demeure bâtie dans une vaste propriété entourée d’un lac qui ne déborde jamais grâce, dit-on, à la protection de la « Dame du lac ». Une famille immensément riche, héritière de la fortune mystérieusement acquise par leur ancêtre. La plupart des domestiques ayant été renvoyés dans d’autres domaines, par prudence, la famille vit, donc, avec peu de personnel : une vieille servante, un majordome, un jardinier et un cuisinier, ancien moine, semble-t-il. Ti remarque rapidement que les Tchou sont des gens bizarres : au maigre repas, le mari souligne la simplicité de leur train de vie alors qu’il se met à boire plus que de raison et puis, de se lancer, étrangement, dans un éloge de la beauté des paysages environnants ; madame Tchou porte une robe élégante mais taillée dans l’un des tissus proposés par le défunt représentant ; les deux enfants : un gamin espiègle et une jeune fille habillée en gamine se mettent à chanter, fort bien, mais une chanson de rue ce qui est étonnant pour des enfants dont on a vanté, plus tôt, la haute éducation. Et puis arrive, de manière inopinée, le père du maître de maison, qui balbutie des propos confus dont un étonnant :« Nous sommes tous morts ». Il y a plus ! Visiblement, ses hôtes souhaitent voir le juge plier bagages le plus rapidement possible. Pourquoi donc ??

Cette nuit-là, Ti se lève, en proie a une insomnie ; il voit dans une courette, le cuisinier/moine à genou devant la statue en or de « La dame du lac » à laquelle il demande, à plusieurs reprises, son pardon. Étrange!

Le lendemain, le juge et son fidèle sergent se rendent, en barque, à l’auberge. Il s’agit de prendre un repas digne de ce nom et d’interroger le propriétaire sur son infortuné client. Le tenancier ne livre aucune information utile. L’enquête piétine. Mais c’est l’occasion de voir le majordome conduire, en barque, le vieux Tchou. Il fait, confie-t-on à Ti, sa promenade hebdomadaire : il va déjeuner avec des amis, rendre une visite courtoise à une « femme fleur », puis il va au temple. Interrogé par Ti, le bonze regrette que la si généreuse famille Tchou soit devenue nettement moins assidue. C’est, sans doute, parce qu’elle a un chapelain à demeure, lui suggère le juge. Le moine n’apprécie vraiment pas l’idée d’avoir un concurrent.

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Mais, le juge n’est pas au bout de ses surprises : la demeure lui apparaît de plus en plus négligée et la poussière s’accumule un peu partout ; Tchou, étrangement généreux, lui propose d’emporter tous les objets d’art et ouvrages qui lui plairaient, la jeune Tchou supplie le juge de l’emmener avec lui quand il partira. Et puis le juge surprend une conversation où le majordome reproche à dame Tchou de s’être présentée surchargée de bijoux. Un monde à l’envers!! Enfin, Ti assiste à un étrange spectacle: sur le lac, surgit de la brume la « dame du lac » montée sur un poisson et qui remet une perle au majordome.

Comme si cela ne suffisait pas, voilà que l’on découvre le cadavre du bonze noyé dans la cour du temple. Un examen rapide révèle, cependant, qu’il a été empoisonné. Deuxième meurtre.

Peu après, c’est la vieille servante qui a une attitude étrange: Ti la voit venir alors qu’elle affiche un air particulièrement réjoui, mais arrivée face au juge, la voilà qui, instantanément reprend son attitude d’aïeule renfrognée. Elle, aussi, demande à Ti à pouvoir partir avec lui. La malheureuse!! Le juge la trouvera par après dans les eaux du lac. Troisième meurtre!! Ti a la surprise de découvrir qu’elle a été étranglée, et surtout que ce sont des lingots d’or qui l’ont entraînée au fond de l’eau.

Tout cela le rend terriblement perplexe. Quel sens donner à tous ces faits et attitudes et pourquoi ces meurtres? Que le lecteur, tout aussi intrigué, se rassure : Lenormand a concocté une solution des plus surprenantes grâce à laquelle tout va s’expliquer et devenir cohérent, mais Ti devra, pour cela, se servir d’astuces. L’assassin sera démasqué, bien sûr, à l’occasion d’une mise en scène étonnante.

*

L’œuvre est plaisante, agréable à lire et le récit déconcertant et très intrigant soutient l’attention. L’on n’est pas, ici, dans un « policier » d’investigation ou d’enquête : Ti s’adonne à la réflexion et il finit, ainsi, à relier et donner un sens à « une infinité de détails qui ne collaient pas ». Comme à son habitude Lenormand a recours à de savoureuses réflexions aimablement impertinentes qui font, aussi, le sel du récit. Cela se lit d’une traite et le roman vous fait passer un bon moment de détente. Que demander de plus ?

Merci le Vert Lisant!

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