[Lis] Un amour noir, Joyce Carol Oates

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Bonsoir à tous! J’espère que vous vous portez bien et que vous profitez de ce temps épouvantable pour bouquiner sous une couverture, une boisson chaude à la main.
C’est exactement le programme que je me suis réservé ces derniers jours et c’est la raison pour laquelle je vous propose aujourd’hui une note de lecture consacrée à Un amour noir, de Joyce Carol Oates.

C’étais en 1912, dans la vallée de la Chautauqua, au nord de l’Etat de New York.
La belle Calla aux longs cheveux roux vivait les jours sans les voir, auprès d’un mari qu’elle n’aimait pas.
Cette année-là, pour Calla, la réalité existe comme un rêve. Un amour noir comme l’homme dont son corps épouse le corps, noir comme un rêve de nuit et de mort.
« Si ceci est un rêve, ce n’est pas le mien, car comment saurais-je le rêver? »
Unis par l’amour et plus encore que l’amour.

Si vous consultez fréquemment mon blog, vous savez sans doute déjà que Joyce Carol Oates est l’un de mes écrivains contemporains favoris. Cette fois cependant, ce n’est pas sa seule plume qui m’a donné envie de découvrir ce titre, mais également la couverture, illustrée d’un éblouissant tableau de Fernand Khnopff.
Il ne s’agit pas là d’un simple choix de l’éditeur, mais bien d’une volonté de l’auteur qui a trouvé l’inspiration de ce roman dans l’énigmatique toile du symboliste belge. Les deux œuvres partagent, d’ailleurs, le même titre original: I lock my door upon myself – bien plus évocateur qu’Un amour noir, vous en conviendrez.

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J’ai été captivée par la façon dont le symbolisme imprime sa marque sur l’écriture de Joyce Carol Oates. En effet, son style, toujours aussi poétique, se pare ici de mystère et de symboles, et se nourrit de sublimes descriptions de paysages luxuriants et vaporeux.
Le personnage de Calla est d’ailleurs une femme symboliste par excellence. Proche de la nature, au point de se confondre avec la végétation et d’être assimilée à un animal sauvage, elle apparaît troublante et intimidante aux yeux de ceux qui l’entourent. Son tempérament indépendant, indomptable, la rend intrigante, éveille la méfiance et alimente les plus absurdes légendes. D’elle, on raconte tout et son contraire: est-elle démente? Alcoolique? Ou simplement de la « racaille blanche »? Jamais, toutefois, on ne parvient à cerner sa personnalité.

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Outre l’empreinte du symbolisme, on retrouve dans ce court roman certaines des préoccupations qui hantent l’oeuvre de l’auteur. La confusion des identités, en premier lieu, apparaît par le biais du nom de l’héroïne. Calla est en réalité née Edith, mais elle ne répond qu’au premier prénom, prononcé par sa mère dans un ultime souffle. Calla devient le prénom secret que la jeune femme se choisit et qu’elle ne confie qu’à son amant, Tyrell Thompson. Celle que sa belle-famille appelle Edith est une personne bien différente, distante, souvent absente. Edith n’est rien d’autre qu’un masque.
La question de l’amour mixte est également au cœur de l’ouvrage. Le récit prend place au début du XXe siècle, où la simple vision d’une femme blanche s’adressant à un homme noir comme à son égal était une source de scandale. Calla, pourtant mariée, bravera cet interdit social, tout comme elle défiera les éléments lors de la scène de la barque, présentée en ouverture du roman et à laquelle l’intrigue nous mène. Cette image de l’embarcation, occupée par un couple d’amoureux curieusement imperturbable, avançant inexorablement vers de vertigineuses chutes se révèle d’une extraordinaire puissance visuelle et émotionnelle. Celle-ci se voit encore décuplée par l’écriture d’Oates, dont le rythme s’accélère jusqu’à l’inévitable et abrupt point final.

En conclusion, Un amour noir est un roman d’une rare intensité, dont la poésie et l’univers envoûtant ne devrait laisser aucun lecteur indifférent.

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