[Lis] Qui en veut au marquis de Sade?, Frédéric Lenormand par Le Vert Lisant

  PietroAntonioRotari

   Ne vous laissez pas abuser par le titre : le marquis est un personnage fort secondaire dans ce roman ; la véritable héroïne est sa fille de 18 ans : Laure de Sade qui consigne ses mésaventures dans son journal, toujours avec ce ton malicieux et souriant  qui est celui, habituel, de Lenormand.

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    Nous sommes en avril 1789, madame de Sade et sa fille Laure quittent le couvent où elles logent pour rendre visite au marquis, embastillé, qui leur a demandé des livres, des pâtés de bécasse, un jambon et de l’argent. Mais voilà qu’au tournant d’une rue, elles se trouvent face à une émeute : l’industriel Réveillon (1), qui avait proposé de baisser les salaires des ouvriers, ne doit son salut qu’en se réfugiant dans la bastille, laissant la foule saccager sa demeure dite : « Folie Titon » ainsi que sa manufacture de papiers peints y attenant. La mère et la fille s’engouffrent dans un logis ouvert et inoccupé ; Laure cherche un meilleur refuge à l’étage ; elle ouvre une chambre et voit : un cadavre de femme nu et violenté, ainsi qu’un homme masqué déguisé en Pierrot. Elle prend ses jambes à son cou. Entre-temps, la voie est devenue libre : la garde montée a fait place nette.

    Trois jours plus tard, Laure quitte le couvent pour faire les quelques achats demandés par son père. La voilà chaperonnée par une religieuse qu’elle sème rapidement, mais c’est pour être abordée par une sorte de gandin à la coiffure savamment hirsute qui prétend se nommer Gédéon Morissette, un valet payé par le marquis pour la protéger. L’on fait quelques emplettes, l’on se restaure dans une pâtisserie, puis, Laure entraîne son valet… à la morgue Là, elle se fait passer pour la nièce de la défunte, histoire de lui jeter un coup d’œil et de s’assurer qu’elle n’avait pas été, l’autre jour, victime d’une hallucination.

    Et maintenant, direction la Bastille, le marquis attend : son eau de Cologne, ses bésicles et les « Confessions » de Jean-Jacques Rousseau. Mais, si on veut bien transmettre le colis, les visites sont interdites. Toutefois, son père lui lance un billet ; il lui demande de lui apporter un coffret contenant – soi-disant – des échantillons de papiers peints , coffret qu’elle trouvera caché dans l’hôtel particulier du sieur Réveillon, sous un parquet du deuxième étage.

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    Au local de police où elle veut se plaindre : « On l’empêche de voir son père », l’attend un policier, Rougereul, qui l’a suivie depuis le couvent; la voilà accusée d’usurpation d’identité, de réception d’un billet lancé illégalement par le marquis, griefs auquel va s’ajouter, après les explications de Laure : non-dénonciation de crime. Enfin, comme la police à bien d’autres chats à fouetter, les voilà libres mais, surveillés étroitement par Rougereul.

    Visiter la demeure de Réveillon, le soir, est totalement illégal, mais Rougereul se doit de surveiller Laure, il sera de l’expédition en compagnie de Gédéon. On sonde le parquet, on trouve un coffret, on découvre, aussi, des sbires préparant à faire monter une sorte de montgolfière. C’est alors que Rougereul, se souvenant qu’il est policier, crie au trafic. Erreur, les sbires, défiant la loi, se mettent à les pourchasser ; ils ne doivent leur salut qu’en s’envolant dans la bienvenue montgolfière dont la nacelle emporte, aussi, tout un lot de montres qui, par la voie des airs, échappent, ainsi, à l’octroi.

         Et, ce n’est qu’un début !

   Laure va devoir, rapidement passer de jeune fille naïve à détective futée : il s’agit de résoudre quelques problèmes : qui est cet assassin qui a récidivé ? qui pratique ce trafic de montres – et il y a aussi des rubis ? Comment échapper aux séides lancés à ses trousses, retrouver Gédéon quelque peu voleur de bijoux. Quant à son père qu’elle a, frauduleusement et fort imprudemment, fait sortir de Charenton, où on l’a finalement expédié, il s’agit de le dénicher et l’y ramener en douce ? Et enfin, et ce n’est pas la moindre des choses : récupérer, dans l’ancienne cellule de son père, un manuscrit qu’il y a dissimulé, et ce, alors que des émeutiers envahissent la Bastille.

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    Comme à son habitude, Lenormand est très au fait de la période où il situe un récit fait d’aventures matinées d’enquêtes policières. Le roman mené à grand train, avec des personnages bien caractérisés, ne vous laisse pas souffler : il vous entraîne dans une série d’épisodes racontés avec verve et humour, mêlant rebondissements et suspense, parsemant le tout de réflexions faussement naïves, spirituelles, parfois narquoises, mais toujours drôles. Lenormand, avec « Laure » commence-t-il une série consacrée à cette nouvelle héroïne, comme il l’a fait, précédemment, pour Voltaire ? Si oui, on espère bien un prochain volume

____________

(1) Absolument authentique. Réveillon avait outre cette demeure : une manufacture de papiers peints. Ces derniers, servirent à réaliser l’enveloppe des montgolfières. Dans une période de crise, il eut l’idée, pour rendre les produits meilleurs marchés, de vouloir faire baisser le prix du pain et les salaires. L’émeute qu’il déclencha, ainsi, fut réprimée dans le sang.

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