[Lis] Elle n’en pense pas un mot, Josephine Tey par le Vert Lisant

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   Voici un roman policier peu banal : pas de meurtre et donc pas d’assassin se dissimulant derrière la respectable figure d’un membre d’un nombre restreint de personnes tout aussi respectables. Il n’y a pas, non plus, d’indices, que le lecteur ne remarque pas mais qui n’échappent pas à l’oeil perspicace du détective « privé » ou de l’inspecteur de Scotland Yard. Ici, il ne s’agit pas de trouver un coupable, mais bien de démontrer l’innocence de personnes “injustement accusées” et, cela, dans un récit qui distille une intrigue qui vous tient en haleine jusqu’au bout de l’oeuvre.

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     La petite localité de Milford serait bien banale s’il n’y avait les Sharpe : la mère âgée raide et énigmatique et la fille, dans la quarantaine, quelque peu excentrique. Elles habitent  dans « The franchise », un immeuble qu’elles ont hérité d’un vague cousin. C’est une demeure située en dehors du bourg, entourée de hauts murs, défendue par un portail en fer forgé, suffisamment hideuse que pour décourager n’importe quel acheteur, et trop petite pour intéresser une firme ou une institution.

     Milford les voit régulièrement venir prendre une collation et faire leurs achats, conduisant une vieille voiture qui ne tient ensemble que par la force de l’habitude, semble-t-il, et dont un des enjoliveurs de roue est dépareillé.

    La journée de l’avocat Robert Blair, aurait été une de routine, comme toutes les autres, si Marion Sharpe ne l’avait pas appelé à l’aide, au téléphone : elle et sa mère sont accusées, à tort disent-elles, de « séquestration et maltraitance » par une adolescente Betty Kane qui paraît être l’incarnation-même de l’innocence. C’est une orpheline de guerre (qui a été adoptée par la famille Wynn) et l’on ne peut que doublement s’apitoyer sur son sort. L’inspecteur Grant , venu de Scotland Yard, a sous les yeux les déclarations de cette dernière or, elles sont troublantes parce que la jeune fille décrit fort exactement « The Franchise ». Elle y a été, dit-elle, séquestrée, pendant plusieurs semaines, dans une pièce mansardée, mal nourrie, dormant sur un lit vétuste et frappée parce qu’elle refusait de devenir la servante des Sharpes. Elle s’est sauvée la nuit où ses geôliers avaient oublié de fermer sa porte à clef. Elle a décrit, avec justesse, les deux dames ainsi que leur voiture avec son bizarre enjoliveur. La visite de la mansarde avec sa lucarne correspond à sa description, des traces sur le plancher attestent qu’il y a bien eu, là, un lit.

   L’inspecteur Grant est convaincu que l’accusation est fondée et justifie une enquête. Robert Blair, lui, est intimement, convaincu que l’adolescente ment. Bert le demi-frère de Betty qui trouvait la police peu motivée a cru bon de faire venir un journaliste du  »Ack-Emma » un journal à scandales. L’affaire fait la une avec une grande photo de Betty. Et voilà tout Milford révolté contre les Sharpe. On refuse de les servir, on tague le mur de leur maison, on jette des pierres qui brisent des fenêtres. Il devient clair qu’un jury populaire condamnera, à coup sûr, les deux dames.

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    Blair se rend chez les Wynn.  »Betty est une jeune fille modèle, très bonne écolière, aidée en cela par une excellente mémoire. Elle passait quelques semaines de vacances chez ses oncle et tante , à Mainshill. Et, là, il apprend que la jeune fille s’y ennuyait, qu’elle se rendait régulièrement à Larborough , où son cinéma – qui fait séance continue – change de film au milieu de la semaine. Et puis, Betty faisait aussi des excursions en car ». Blair se rend à Larborough, peut être y trouvera-t-il des indices. Finalement, il déniche un serveur qui se souvient d’elle, il l’a vue quitter l’établissement, accompagnée d’un homme, et ce, le jour de sa disparition. Il finit, aussi, par apprendre qu’un car à impériale s’est rendu à plusieurs reprises à Milford.

   A ce point de son enquête, Blair décide de se confier à un ami : Kevin Macdermott, un célèbre pénaliste qui, lui aussi convaincu que Betty ment, accepte de prendre l’affaire en main et conseille d’engager un excellent détective, de ses connaissances, qui poursuivra les investigations.

    Et puis Marion a trouvé la preuve que Betty a menti : cette dernière a déclaré voir, depuis la lucarne de la mansarde, l’espace entre la grille et la maison, espace qu’elle a bien décrit. Vérifications faites, cela est strictement impossible, de là, on n’aperçoit que le haut des murs. Mais, cela reste un argument fragile que le procureur démolira certainement.

    Les mauvaises nouvelles s’accumulent : le détective n’a pu trouver aucune trace de Betty et, pire, l’ancienne servante des Sharpe vient de déclarer à la police avoir entendu, à plusieurs reprises des cris provenant de la mansarde ; elle en avait, d’ailleurs, parlé à une amie qui confirme. Aussi, les deux dames ne tardent pas à se retrouver, au tribunal, devant un jury d’assise prêt à croire Betty et le procureur. Elles sont condamnées par avance.

   Alors que tout se ligue contre elles, les deux dames vont-elles échapper à une lourde peine? Et si elles étaient coupables !! Bien sûr, je n’en dirai pas plus et je ne saurais trop vous recommander de vous procurer le livre et de voir par vous-même.

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      Elle n’en pense pas un mot est un roman policier comme je les aime : une histoire très originale, dense, sans anecdote inutile, dotée d’un rythme soutenu, et de suffisamment de rebondissements que pour « scotcher » le lecteur. Ajoutons à cela : un style agréable avec, de temps en temps, une pointe d’humour et, surtout, un remarquable thriller qui ne se dissipe que dans les dernières pages du roman. Il y a du Hitchcock dans cette manière de traiter le récit. Faut-il s’étonner que ce dernier ait adapté « Jeune et innocent » une autre oeuvre de J. Tey.

Merci, cher Vert Lisant!

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