[Lis] L’homme parfait est québécois, Diane Ducret, par le Vert Lisant

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Une fois n’est pas coutume, ce soir, le Vert Lisant voit rouge… Découvrez pourquoi en lisant sa dernière critique!

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 Je m’étais replongé dans la littérature canadienne française quand ce livre est sorti de presse. Le titre promettait une lecture amusante, le quatrième de couverture assurait que la romancière revisitait le « mythe du Prince Charmant ». Prudent je consulte internet et je découvre, de suite, la critique élogieuse qu’un hebdomadaire réputé sérieux venait de publier : on y parle d’un livre spirituel, amusant, léger. Sur foi de quoi, j’achète et je commence à lire avec l’espoir de passer quelques moments agréables… Et puis, patatras, je tombe sur un florilège d’inepties rédigé dans un style où la forme ne rattrape pas le fond. Suivez-moi !!

 

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   L’héroïne de ce roman est célibataire bien qu’elle ait, à plusieurs reprises, essayé de ne plus l’être, ce qui nous vaut une panoplie d’hommes qui sont entrés dans son existence pour en sortir plus ou moins vite. La voilà qui pense entrer au couvent, et puis, quand même, non ! Enfin, heureux hasard, elle rencontre, à l’occasion d’une exposition de tableaux, le peintre en personne ; il est québécois, il est beau, charmant, séduisant. On noue une conversation, on la poursuit, plus tard dans un estaminet. Il lui avoue qu’il a des motons dans la gorge [fort peiné] car leur belle relation s’achève : il doit retourner au Québec le lendemain. Là-dessus, on se quitte, et, comme elle va prendre sa voiture, il lui demande si elle chauffe [conduit] depuis longtemps.

 

L’homme parfait s’exprime, aussi, en joual.

 

     Mais tout n’est pas perdu ! Rapidement, il lui demande de le rejoindre au Québec pour passer ensemble une semaine. Il l’attend à la porte de l’aéroport, l’habille et botte chaudement : on est en plein hiver et puis, en voiture pour découvrir sa maison, c’est-à-dire le cliché de « ma cabane au Canada » : faite en rondins avec, à l’arrière-plan : un lac, gelé certes, mais un lac quand même. On entre, elle admire, accrochée dans le hall d’entrée une tête d’orignal et découvre qu’il fait aussi froid à l’intérieur qu’à l’extérieur. On s’enveloppe de couvertures, dans le salon et puis au lit. Mais, ce sera chaste parce que (1) elle est dans une « mauvaise » semaine. Elle utilise les toilettes, mais la chasse est gelée (1), je vous passe les détails, mais elle s’en trouve terriblement gênée.  Bonne fille, elle prépare le petit déjeuner, demande à son hôte s’il a du bacon, celui-ci comprend [argent] et répond qu’il en a pas mal. Elle s’étonne parce que le frigo est vide.

    Enfin, chose promise, chose due : la promenade en traîneau. Les voilà assis, elle, son ami et le guide qui tient solidement les rênes, mais… les chiens puent et se soulagent en cours de route (1). Le peintre se saisit des rênes, ne peut éviter un cahot et la voila partie pour un vol plané qui se termine dans un tas de neige. Fini la balade romantique, d’autant plus que le Québécois doit aller chercher son fils : il est divorcé et c’est sa semaine de garde. On va faire des achats, l’enfant fait des niches dans le magasin, notre homme revient avec des paquets, demande si son fils n’a pas été tannant [insupportable], puis déclare qu’il va mettre les sacs dans la malle arrière de son char [le coffre de sa voiture]. Elle tout heureuse de voir qu’il n’y avait pas de blindé sur le parking.

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     Vient l’inévitable soirée avec les amis. Après leurs questions stupides à son sujet, viennent aussi et le repas et les libations ; le langage devient de moins en moins châtié, il emprunte de plus en plus au joual avec diverses expressions vulgaires ; notre héroïne, n’est pas en reste : « les gros mots sont, en France, comme des signes de ponctuation » (sic)

    La promenade « romantique » en traîneau s’étant mal terminée, pourquoi pas une balade en  »ski doo » [une marque de motoneige] et sans vêtements pour que ce soit plus amusant. Inévitablement, à mi-parcours, l’engin tombe en panne ; elle suggère d’appeler non pas un mécanicien (comme l’on s’y attendrait) mais un dépanneur [épicier], notre Québécois n’a pas le temps de s’étonner car sort du bois un orignal qui fait mine de charger. La motoneige consent à redémarrer et retour à la maison.

   Mais, le lendemain, il faut reconduire l’enfant chez sa mère. Comme notre peintre a de la fièvre, c’est notre héroïne qui le ramènera. Ce sera sans problème grâce au gps. La mère est avenante et plutôt gironde. Les deux femmes bavardent et, avant de se quitter, cette dernière confesse qu’elle avait peur qu’elle la trouve plate [stupide]. Sur le chemin de retour, le gps meurt, elle s’égare, échoue dans un village où elle demande son chemin à un homme. Mais c’est à « outsiplou », lui dit-il en ajoutant qu’il est « maître coq » ; elle est tombée sur un Belge !! qui lui indique la bonne voie à suivre.

    La semaine s’achève, elle boucle ses valises, c’est bientôt le retour à Paris, mais comme il a fini par lui parler, à mi-mot, de mariage, il lui offre un cadeau : une bague de fiançailles ? Un jonc en or ? Pensez-vous, un « capteur de rêves » qu’elle pourra accrocher au-dessus de son lit en pensant à lui. Et puis, la voilà dans un avion prêt à décoller, c’est alors qu’ il lui envoie un dernier sms : il lui demande…. sa recette pour faire cuire les œufs à la coque !!!

    Et puis, surprise, devinez qui vient occuper le siège à côté de notre héroïne ! Mais, oui ! Le Belge si aimable… et si c’était lui l’homme parfait ?


 

(1)  elle ne nous épargne, vraiment, aucun détail.

 

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Commentaires

 

Réglons d’abord un problème : pas plus qu’un Wallon ne sort un belgicisme toutes les 10 phrases pas plus un Québécois ne s’exprime en joual à tout bout de champ (je vous en ai épargné les 9/10e cités dans le livre).

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Venons en au récit : d’abord : la panoplie d’amants, cela pourrait être amusant si c’était raconté de manière très spirituelle et non comme l’énoncé d’un catalogue. Au Québec, à présent : inviter une « amie » pour une seule semaine, en plein hiver, par moins 20/moins 30, précisément la semaine où il a la garde de son fils, l’homme idéal n’est vraiment pas futé. La tête d’orignal dans le hall d’entrée : il faut le vouloir vu ses dimensions et puis, il n’y a de hall d’entrée ni dans les maisons ni dans les appartements : on pénètre directement dans la salle de séjour. Ensuite : il n’y a aucun Québécois qui laisserait sa maison sans un minimum de chauffage sous peine de voir tous ses tuyaux d’eau exploser, il suffit qu’il règle le thermostat en conséquence. Venons-en à la promenade en traîneau : deux clics sur Internet en montrent des photos : le siège étroit, très proche du sol, ne peut accueillir qu’une seule personne, mi-assise, mi-couchée, le guide se place en dehors, à l’arrière et, surtout, il ne tient pas de rênes, car les chiens obéissent à ses commandements. Enfin sortir sans vêtement par moins trente, c’est vouloir un suicide très douloureux et rapide, alors décrire une ballade en motoneige, sans aucun vêtement, relève de la plus pure affabulation.

 

Le roman veut-il jouer sur l’incompréhension, les méprises qu’occasionnent les mots et expressions en joual, veut-il faire « couleur locale » (en accumulant des erreurs) ??  On a connu Diane Ducret mieux inspirée. Enfin, le style quelconque, parfois vulgaire ne rachète rien. Etais-je le seul à avoir un avis aussi défavorable ? Par acquit de conscience, j’ai jeté un coup d’œil chez Babelio, l’œuvre n’y reçoit qu’une étoile sur cinq, le commentaire semble signifier que son auteur aurait mis moins si cela avait été possible.

 

Inutile de vous dire que je ne vous recommande pas ce roman.

 

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