[Lis] Mademoiselle Chon du Barry, Frédéric Lenormand, par le Vert Lisant

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Il y a bien des années, Andrex chantait : « … elle a tout, tout, tout pour séduire… ». Mademoiselle Chon du Barry, tout au contraire, n’a rien pour plaire : elle est affublée du surnom ridicule, elle est née dans une famille de petite noblesse qui tire le diable par la queue, elle boite et elle n’est vraiment pas jolie. Son sort semble tracé entre : finir vieille fille désargentée ou entrer au couvent. Et pourtant ! Lenormand, qui lui prête sa plume, lui permet de raconter son extraordinaire histoire, avec ce ton moqueur, aimablement narquois qu’affectionne l’écrivain.

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Le destin va prendre l’aspect d’une bourse plus que replète, que Jean-Baptiste, un de ses frères, lui envoie. Il vit à Paris et mène grand train. Il lui demande, ainsi qu’à son frère aîné, de le rejoindre pour une affaire très importante. Après quelques hésitations, l’on part pour la capitale. Jean-Baptiste possède un bel hôtel de maître qui lui assure des revenus confortables, car… il y accueille des personnages « généreux » en quête de « demi-mondaines » peu farouches.

Mais Jean-Baptiste a un plan pour gagner encore plus d’argent: sa maîtresse, Jeanne Bécu, une très jolie femme, plaît énormément à Louis XV qui l’a rencontrée « par hasard » et qui souhaite l’installer à Versailles. Le problème c’est que pour être introduite à la Cour, il faut un titre de noblesse. Et c’est là que doit intervenir son frère aîné : il épouse, mademoiselle Bécu et elle devient « comtesse du Barry »; une autre bourse très rondelette renvoie dans ses terres le nouvel époux, avec prière de s’y faire oublier. Quant à Chon, elle suivra la comtesse comme son ombre car, si cette dernière a vraiment beaucoup de charme, si elle a été éduquée durant 9 ans dans un couvent, si elle connaît les bonnes manières à force de fréquenter des clients huppés, elle n’a pas inventé la poudre.

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Le roi installe sa maîtresse à Versailles; mademoiselle Chon jouit d’un appartement voisin de celui de la comtesse. Elle la surveillera, lui tiendra lieu de compagne, de gouvernante, d’intendante; c’est elle qui répondra aux billets du roi, mais aussi aux demandes de faveurs, de grâce, etc…qu’on adresse à madame du Barry pour qu’elle intervienne.

On convainc une duchesse désargentée (moyennant une bourse généreuse), de présenter la comtesse à la Cour; cette dernière arrive en retard ce qui indispose les nobles, elle est accompagnée par Chon qui n’était pas invitée, ce qui les indispose encore plus. La comtesse ne se fait pas que des amis!! Quand elle rend visite aux sœurs du roi, celles-ci l’accueillent en soufflant dans des instruments à vent et en massacrant, sciemment et consciencieusement, Vivaldi. Le dauphin ne l’aime guère, la dauphine, Marie-Antoinette, l’exècre, Le ministre Choiseul ne peut pas la supporter – il le payera en perdant sa place, les courtisans murmurent contre elle et la calomnient. Mais, mais… le roi l’aime et trouve auprès d’elle une seconde jeunesse. Et ce que le roi veut… Il la couvre de bijoux, paye ses dépenses somptuaires, accorde même une somme importante à Jean-Baptiste et, de bonne humeur, il fait sauter Chon sur ses genoux (authentique).

On veut marier Chon, mais les prétendants sont tous âgés et désargentés! Et puis, finalement, la comtesse ne veut plus se séparer d’elle. On reçoit le prince héritier de Suède, qui sort d’une entrevue peu agréable avec la Dauphine. Chon remarque, dans la suite, un beau jeune homme, un certain comte de Fersen ( l’histoire retiendra ce nom). Le ministre Maupéou se découvre, soudain, une lointaine parenté avec la comtesse, il la salue de « ma cousine » à chaque rencontre. Chon, pour mettre un terme aux ragots d’inculture de la comtesse, établi, chez sa belle-sœur, une superbe bibliothèque dont elle range les livres avec délice.

Chon qui sait que toute chose a une fin et que cette dernière peut venir plus vite que prévu, obtient pour la comtesse le domaine de Louveciennes près de Marly.

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En 1774, alors qu’il chassait, le roi rencontre de pauvre gens tirant une charrette où gît une victime de la variole. Quelques semaines plus tard, il tombe malade: il a contracté cette maladie dont il mourra. A peine monté sur le trône, Louis XVI fait enfermer la comtesse dans l’abbaye de Pont-aux-Dames. Chon la suit dans cette « prison ». Pour subsister, on vend, fort cher, quelques bijoux. L’infortune dura un an. Libérée, la comtesse se croit pauvre et songe à se faire religieuse, mais que nenni, Chon a placé tout l’argent que cette dernière n’arrivait pas à dépenser. On achète, donc, une propriété à Saint-Vrain, les deux femmes s’y ennuient. Puis vint l’autorisation de regagner Louvecienne. La comtesse renoue avec la vie de Cour ; viennent la voir « surtout ceux qui lui devaient le moins » raille Chon. L’empereur Joseph II vient la saluer. Madame Vigée-Lebrun est invitée, elle y fera 3 portraits de la comtesse qui, s’amuse Chon, à 43 ans se croit toujours « jeune ».

La propriété est cambriolée; après enquête on retrouve les bijoux en Grande-Bretagne, laquelle traîne pour les remettre. La comtesse s’y rend, en vain. Un hargneux, nommé Griève se présente accompagné de deux gendarmes, la comtesse qui, au lieu de fuir, reste pour brûler de la correspondance et des documents qui pourraient nuire à des proches, est faite prisonnière; la révolution l’a rattrapée. Quant à Chon elle réussit à se sauver, à regagner Toulouse où elle retrouve sa famille. Quelques mois plus tard, les du Barry deviennent suspects, on pille leurs biens (mais Chon, forte de son expérience, a caché l’essentiel). Elle est faite prisonnière, son frère Jean-Baptiste est exécuté et… je ne vous livre pas la fin, surprenante, de l’histoire, elle est dans le livre.

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De son vrai prénom: Françoise Claire, Chon a vu son sort si étroitement lié à celui de la comtesse que l’on disait d’elles: qu’elles n’étaient rien l’une sans l’autre; le récit a non seulement, le mérite de révéler leurs deux existences en mêlant Histoire et fiction, mais encore de le faire de manière plus que crédible. Même si le ton est celui auquel Lenormand nous a habitué, fait de remarques amusantes, railleuses, impertinentes, l’on devine qu’il éprouve bien de la sympathie pour Mademoiselle Chon du Barry. Ce roman est court, plein d’esprit, fort bien mené, captivant et très agréable à lire. Il vous fera passer un bon moment.

Merci, cher Vert Lisant!

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2 réflexions sur “[Lis] Mademoiselle Chon du Barry, Frédéric Lenormand, par le Vert Lisant

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