[Lis] Les Vivants, Matt de la Peña

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Bonsoir à tous! Entre deux articles consacrés à la bande dessinée, je vous écris cette fois au sujet d’un titre que j’avais hâte de découvrir: il s’agit du roman Les vivants, de Matt de la Peña.

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Shy a choisi ce job d’été pour mettre des sous de côté. Quelques mois à bord d’un luxueux navire de croisière vont lui permettre d’engranger les pourboires. Que demander de mieux ? Des bikinis à ne plus savoir où regarder, des buffets à volonté, et peut-être même une fille ou deux…

Mais lorsque le tremblement de terre le plus destructeur jamais enregistré dévaste la Californie, le destin de Shy bascule. Et ce séisme n’est que le premier d’une longue série de désastres. Bientôt, ceux qui sont encore en vie devront se battre pour le rester…

Si j’étais aussi impatiente de me plonger dans cette lecture, c’est en raison de la forte impression que m’avait fait son auteur. Rappelez-vous, au mois de décembre dernier, je découvrais Matt de la Peña grâce à son excellente contribution au recueil de Noël intitulé Minuit!.

Je m’étais alors renseignée sur ses autres écrits et Les Vivants – le seul de ses ouvrages alors traduit en français – semblait faire l’unanimité sur la toile. De plus, la quatrième de couverture m’apprenait que le personnage principal de ce best seller était également celui de la nouvelle qui m’avait tant enthousiasmée. Il n’en fallait pas davantage pour attiser ma curiosité!

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Pourtant, c’est un avis en demi-teinte que je m’apprête à vous livrer aujourd’hui. Certes, ce roman possède d’indéniables qualités, mais je ne suis pas sûre qu’elles parviennent à faire oublier les éléments qui, eux, m’ont déçue.

J’ai, d’une part, beaucoup apprécié le sous-genre de ce roman, qui m’a semblé l’équivalent littéraire des films catastrophes, dont je raffole au cinéma. Je n’avais jamais rien lu de semblable et je reconnais l’originalité d’un tel parti pris. L’écriture est agréable et elle parvient tout naturellement à nous plonger dans une atmosphère inquiétante, voire apocalyptique.

Malheureusement, j’ai, d’autre part, achevé cette lecture avec quelques regrets. Mon premier grief concerne le manque de rythme que j’ai ressenti durant les 150 premières pages. Une introduction tardive de l’élément perturbateur m’aurait semblé pertinente si elle avait été profitable à la construction des personnages…

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Ce n’est regrettablement pas le cas ici: les membres de l’équipage m’ont paru parfaitement interchangeables et Shy, lui-même, manquait à mes yeux cruellement de consistance.

A cette lenteur s’ajoute un autre défaut majeur: le suspense que tente d’instaurer Matt de la Peña s’est avéré, dans mon cas, complètement manqué. J’ai compris beaucoup trop tôt où l’intrigue nous menait. La révélation, conçue comme le point d’orgue du roman, m’a dès lors semblé quelque peu laborieuse.

J’ai malgré tout apprécié cette découverte littéraire et l’univers particulier dans laquelle l’auteur immerge son lecteur. Toutefois, alors que la suite vient de paraître, je ne suis pas convaincue de poursuivre ma lecture…

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[Lis] La dernière réunion des filles de la station service, Fannie Flagg

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Bonsoir à tous! J’espère que vous vous portez bien et que ce début du mois de janvier se déroule selon vos souhaits. Je suis très heureuse de vous proposer une note littéraire ce soir, consacrée au dernier roman traduit en français de l’inégalable Fannie Flagg!

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Point Clear, Alabama. Après avoir marié la dernière de ses filles, Sookie Poole aspire à un repos bien mérité… Mais elle doit encore compter avec sa mère, l’incroyable Lenore Simmons Krackenberry qui, à 88 ans, épuise les infirmières à domicile les unes après les autres. Si certains de ses coups d’éclat récents peuvent laisser penser qu’elle souffre de démence, le diagnostic n’est pas aisé à établir car, toute sa vie, son comportement a été des plus excentriques.

Le jour où un mystérieux interlocuteur révèle à Sookie un secret parfaitement inattendu, son existence vole véritablement en éclats. Sookie va alors se mettre sur la piste d’une femme d’exception, Fritzi, qui, en 1940, tenait avec ses trois sœurs une station-service dans le Wisconsin…

C’est en dressant mon bilan de l’année 2015 que je me suis aperçue que, sans doute trop prise par les festivités de saison, j’avais oublié de vous parler de ce roman. Sa lecture remonte désormais à plusieurs semaines, mais je vais tâcher de lui consacrer l’article complet qu’il mérite.

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Car, sans réelle surprise, La dernière réunion des filles de la station service a été pour moi une très jolie découverte. Si certains de ses titres sont plus particulièrement chers à mon cœur, les récits de Fannie Flagg ne m’ont toutefois jamais déçue. Et avant même d’en parcourir le premier chapitre, je sais déjà avec précision quelles sont mes attentes de lectrice.

La première est une plongée dans une charmante bourgade du sud des Etats-Unis. L’auteur dépeint son Alabama natal avec tant de tendresse qu’il est impossible de ne pas en tomber amoureux! Cette fois, la ville de Point Clear n’est pas un personnage à proprement parler, mais elle incarne tout de même un cadre enchanteur, avec ses adorables restaurants et ses habitants extravagants.

Car mon second espoir, au moment d’ouvrir un Fannie Flagg pour la première fois, est de faire la connaissance de personnages aussi attachants que les protagonistes de ses romans précédents. Sookie l’est indéniablement, en dépit de son tempérament complaisant et de sa personnalité incertaine. En vérité, c’est précisément ce qui la rend aussi touchante: à l’âge où les grands accomplissements de l’existence font bien souvent partie du passé, Sookie s’aperçoit qu’au-delà de son rôle de fille, d’épouse et de mère irréprochable, elle ignore tout bonnement qui elle est réellement.

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Malgré tout, je dois admettre que ce sont les aventures de Fritzi et des épatantes soeurs Jurdabralinski qui font, à mes yeux, l’entière réussite du roman. Quelles destinées à couper le souffle! Leur détermination et leur ténacité feront d’elles de véritables héroïnes durant les heures les plus sombres du vingtième siècle. L’auteur rend, par ce biais, un hommage mérité à ceux et celles qui, loin des champs de bataille, ont œuvré aussi discrètement qu’efficacement pour la paix.

Et c’est une qualité que j’aime retrouver chez Fannie Flagg: au détour de sympathiques portraits, elle nous suggère des questions fondamentales et nous invite, telle une confidente, à la réflexion. Ici, ce sont les thématiques de l’identité, du lien filial et du sens de la réussite qui sont au centre des préoccupations qu’elle nous soumet.

Je n’en dirai pas davantage pour éviter de vous dévoiler la suite de l’intrigue, mais je ne peux que vous recommander cet ouvrage, ainsi que tous ceux de l’auteur, pour le réconfort bienvenu qu’ils apportent et les personnages inoubliables qu’ils nous permettent de connaître.

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[Lis] Qui en veut au marquis de Sade?, Frédéric Lenormand par Le Vert Lisant

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   Ne vous laissez pas abuser par le titre : le marquis est un personnage fort secondaire dans ce roman ; la véritable héroïne est sa fille de 18 ans : Laure de Sade qui consigne ses mésaventures dans son journal, toujours avec ce ton malicieux et souriant  qui est celui, habituel, de Lenormand.

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    Nous sommes en avril 1789, madame de Sade et sa fille Laure quittent le couvent où elles logent pour rendre visite au marquis, embastillé, qui leur a demandé des livres, des pâtés de bécasse, un jambon et de l’argent. Mais voilà qu’au tournant d’une rue, elles se trouvent face à une émeute : l’industriel Réveillon (1), qui avait proposé de baisser les salaires des ouvriers, ne doit son salut qu’en se réfugiant dans la bastille, laissant la foule saccager sa demeure dite : « Folie Titon » ainsi que sa manufacture de papiers peints y attenant. La mère et la fille s’engouffrent dans un logis ouvert et inoccupé ; Laure cherche un meilleur refuge à l’étage ; elle ouvre une chambre et voit : un cadavre de femme nu et violenté, ainsi qu’un homme masqué déguisé en Pierrot. Elle prend ses jambes à son cou. Entre-temps, la voie est devenue libre : la garde montée a fait place nette.

    Trois jours plus tard, Laure quitte le couvent pour faire les quelques achats demandés par son père. La voilà chaperonnée par une religieuse qu’elle sème rapidement, mais c’est pour être abordée par une sorte de gandin à la coiffure savamment hirsute qui prétend se nommer Gédéon Morissette, un valet payé par le marquis pour la protéger. L’on fait quelques emplettes, l’on se restaure dans une pâtisserie, puis, Laure entraîne son valet… à la morgue Là, elle se fait passer pour la nièce de la défunte, histoire de lui jeter un coup d’œil et de s’assurer qu’elle n’avait pas été, l’autre jour, victime d’une hallucination.

    Et maintenant, direction la Bastille, le marquis attend : son eau de Cologne, ses bésicles et les « Confessions » de Jean-Jacques Rousseau. Mais, si on veut bien transmettre le colis, les visites sont interdites. Toutefois, son père lui lance un billet ; il lui demande de lui apporter un coffret contenant – soi-disant – des échantillons de papiers peints , coffret qu’elle trouvera caché dans l’hôtel particulier du sieur Réveillon, sous un parquet du deuxième étage.

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    Au local de police où elle veut se plaindre : « On l’empêche de voir son père », l’attend un policier, Rougereul, qui l’a suivie depuis le couvent; la voilà accusée d’usurpation d’identité, de réception d’un billet lancé illégalement par le marquis, griefs auquel va s’ajouter, après les explications de Laure : non-dénonciation de crime. Enfin, comme la police à bien d’autres chats à fouetter, les voilà libres mais, surveillés étroitement par Rougereul.

    Visiter la demeure de Réveillon, le soir, est totalement illégal, mais Rougereul se doit de surveiller Laure, il sera de l’expédition en compagnie de Gédéon. On sonde le parquet, on trouve un coffret, on découvre, aussi, des sbires préparant à faire monter une sorte de montgolfière. C’est alors que Rougereul, se souvenant qu’il est policier, crie au trafic. Erreur, les sbires, défiant la loi, se mettent à les pourchasser ; ils ne doivent leur salut qu’en s’envolant dans la bienvenue montgolfière dont la nacelle emporte, aussi, tout un lot de montres qui, par la voie des airs, échappent, ainsi, à l’octroi.

         Et, ce n’est qu’un début !

   Laure va devoir, rapidement passer de jeune fille naïve à détective futée : il s’agit de résoudre quelques problèmes : qui est cet assassin qui a récidivé ? qui pratique ce trafic de montres – et il y a aussi des rubis ? Comment échapper aux séides lancés à ses trousses, retrouver Gédéon quelque peu voleur de bijoux. Quant à son père qu’elle a, frauduleusement et fort imprudemment, fait sortir de Charenton, où on l’a finalement expédié, il s’agit de le dénicher et l’y ramener en douce ? Et enfin, et ce n’est pas la moindre des choses : récupérer, dans l’ancienne cellule de son père, un manuscrit qu’il y a dissimulé, et ce, alors que des émeutiers envahissent la Bastille.

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    Comme à son habitude, Lenormand est très au fait de la période où il situe un récit fait d’aventures matinées d’enquêtes policières. Le roman mené à grand train, avec des personnages bien caractérisés, ne vous laisse pas souffler : il vous entraîne dans une série d’épisodes racontés avec verve et humour, mêlant rebondissements et suspense, parsemant le tout de réflexions faussement naïves, spirituelles, parfois narquoises, mais toujours drôles. Lenormand, avec « Laure » commence-t-il une série consacrée à cette nouvelle héroïne, comme il l’a fait, précédemment, pour Voltaire ? Si oui, on espère bien un prochain volume

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(1) Absolument authentique. Réveillon avait outre cette demeure : une manufacture de papiers peints. Ces derniers, servirent à réaliser l’enveloppe des montgolfières. Dans une période de crise, il eut l’idée, pour rendre les produits meilleurs marchés, de vouloir faire baisser le prix du pain et les salaires. L’émeute qu’il déclencha, ainsi, fut réprimée dans le sang.

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[Lis] Babayaga, Toby Barlow par le Vert Lisant

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   Babayaga est un roman que l’on aime (beaucoup) ou que l’on déteste (franchement) tant le récit est non linéaire et, par endroits, délirant voire surréaliste. Quand je dis « récit » je devrais plutôt parler de « récits » qui se recoupent, s’entrecroisent, interfèrent joyeusement les uns avec les autres, pour, bien sûr, aboutir à une conclusion, le tout dans une narration qui semble un chaos drôle, inénarrable et savamment organisé.

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    Si l’action se passe dans le Paris des années ’50, cela fait plusieurs siècles qu’y vivent deux Babayagas, c’est-à-dire deux sorcières venues du fin fond de la Russie à travers la faim et le froid. Il y a Elga, vieille et plutôt laide, elle aime vivre discrètement ; tout le contraire de sa disciple Zoya qui, éternellement jeune et séduisante, vit dans le luxe que lui offrent ses amants successifs ; amants qu’elle n’hésite pas à tuer quand ils se montrent trop curieux. Justement, elle vient de laisser le dernier embroché sur les grilles d’un parc.

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    L’inspecteur Nicot, chargé de l’enquête, mis sur une bonne piste par un heureux hasard, finit par interroger Elga qui, n’aimant pas la police et ses questions, le change en… puce. Une puce déterminée à trouver les coupables, mais qui se fait trimbaler de chiens en chats, s’évade de chez un dresseur de puces et, de tignasse en tignasse, aboutit sur celle de Will, un Américain employé par une agence publicitaire – qui pourrait être un nid d’espions –  et qui se désole : on ne lui confie plus, pour tout travail, que de compiler le maximum de renseignements sur certaines firmes françaises et de s’occuper de son unique client qui, à chaque séance, lui suggère des campagnes publicitaires plus saugrenues les unes que les autres.

    Le malheureux va être entraîné dans une histoire d’espionnage quelque peu déjantée avec : Oliver, un écrivain (si peu), américain et directeur d’une revue (très confidentielle), vrai playboy et vrai agent secret ; les inévitables « méchants » très menaçants ; trois musiciens de jazz prêts à faire le coup de feu s’ils sont bien payés et puis… Zoya qui a jeté son dévolu sur lui et avec laquelle il connaît une vraie romance d’amour (où est pris qui croyait prendre).

    Ajoutons, à cela, Elga qui tient à se venger de Zoya qui l’a obligée à fuir chez un vieux prêtre de ses connaissances, dont le frère a, autrefois, été changé en un rat amoureux de Zoya et capable de la retrouver où qu’elle soit, ce qui est utile à la vieille Babayaga pour accomplir ses noirs dessins, tout comme lui est utile sa jeune et nouvelle disciple qui se voit, à cette fin, devoir tenir une poule dans ses bras.

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     Et puis, il y a un savant fou qui a conçu une drogue qui réunit en rêve victime et meurtrier. Un assassinat net et sans bavure, sans témoin et sans indices. Will, capturé, risque bien de servir de cobaye et de passer de vie à trépas, mais – ouf – il sera sauvé juste à temps.

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    Prenez tous ces éléments, brassez-les et vous obtenez une histoire délirante, pleine de rebondissements, parfois très cocasses, qui ne se prend absolument pas au sérieux et qui est racontée avec beaucoup d’humour, dans un style décontracté. « Babayaga » est, en son genre, un livre unique, une singularité dans le roman policier/d’espionnage, qui réussit à vous rendre attachants des personnages décrits avec beaucoup plus de subtilité qu’il n’y paraît.

  Les chapitres sont séparés par, à chaque fois, un chant de Babayaga assez poétique et véritable reflet de leur existence telle qu’imaginée. C’est, au total, un joyeux divertissement que l’on aimera lire assis au coin du feu par une longue soirée d’hiver, pour peu que l’on admette que le roman peut être, aussi, un récit déjanté à ne prendre au sérieux en aucune façon . Alors, pourquoi ne pas vous laisser tenter ?

Merci, cher Vert Lisant!

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[Lis] Un roman anglais, Stéphanie Hochet

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Bonsoir à tous! J’ai mis mes quelques jours de congé à profit pour lire davantage que d’ordinaire et je suis donc particulièrement heureuse de pouvoir vous proposer des articles littéraires aussi rapprochés. Celui-ci sera consacré à un titre paru au printemps dernier: il s’agit d’Un roman anglais, de Stéphanie Hochet.

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Inspiré de la vie de Virginia Woolf, ce roman campe avec beaucoup de subtilité et de maîtrise l’atmosphère très particulière qui régnait en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale.

Ce roman d’émancipation féminine est aussi un roman sur la maternité. On y voit Anna, bourgeoise lettrée du Sussex, mère d’un petit garçon de deux ans, Jack, persuader son mari Edward d’embaucher par petite annonce une garde d’enfant prénommée George (comme George Eliot, pense-t-elle).

Le jour où elle va chercher George à la gare, Anna découvre toutefois qu’il s’agit d’un homme.

Dès les premières lignes, j’ai été charmée par ce roman, dont la sobriété étudiée retranscrit sans emphase les sentiments d’une narratrice en proie au doute. Anna éprouve en effet des difficultés à se situer en tant que femme. Ainsi, la question du droit de vote, en particulier, lui pose question et il est difficile d’établir si l’attitude des suffragettes la fascine ou la consterne.

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C’est également en tant qu’épouse et en tant que mère qu’elle ignore comment se comporter : si elle déborde d’amour pour son fils, elle ne peut dissimuler son étonnement face au prétendu bonheur inconditionnel que la maternité était supposé lui apporter.

Prise entre deux époques, entre guerre et paix, puis entre deux guerres, Anna est l’archétype de la femme déchirée, qui ne peut s’inspirer de son expérience familiale pour savoir comment agir. Elle ne garde qu’un souvenir brumeux d’une mère inconsistante, partie trop tôt, et demeure marquée par une relation ambiguë avec son père, être autoritaire dont la violence semble être restée contenue.

Anna se retrouve dès lors perdue, dans une société qui improvise sa reconstruction et paraît soudain exiger d’elle qu’elle mène une carrière ambitieuse, soit une mère exemplaire et agisse en citoyenne engagée. Son combat intérieur entre en résonance avec l’évocation de ceux qui éclatent dans les tranchées et privent les familles de leurs membres les plus jeunes, les plus sains.

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Pourtant, de prime abord, les apparences la dépeignent comme menant une vie bourgeoise, résolument conforme aux convenances de la société anglaise. C’est l’arrivée, foncièrement inconvenante, d’une gardienne d’enfant de sexe masculin qui chamboule son existence et la fait sortir de ses rails. Ce moment opère un basculement irréversible, qui modifiera la dynamique familiale de manière indélébile.

George, jeune homme délicat, presque éthéré, rétablit toutefois une forme d’équilibre grâce à sa personnalité altruiste, miraculeusement apaisante. Seul Edward, personnage obscur, rongé par l’orgueil et une envie mal placée, reste insensible à son caractère bienfaisant.

Aux yeux d’Anna, cependant, George incarne l’unique repère, dont son bien-être, voire sa santé mentale, dépendent désormais. Au moindre accident de parcours, elle semble prête à verser dans un absolu désespoir.

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Stéphanie Hochet parsème son roman de multiples références littéraires, démontrant l’érudition de sa narratrice qui a grandi dans la bibliothèque paternelle et éveillant notre envie de découvrir à notre tour les auteurs évoqués. J’ai particulièrement apprécié l’insertion d’un poème, en version originale, d’Emily Dickinson. Des expressions en langue anglaise émaillent, par ailleurs, le texte et l’enrichissent par leurs sonorités étrangères.

La plume de l’auteur témoigne d’une langue belle et précise, dont la modernité est aussi riche que limpide. J’ai lu ce bref roman en un seul souffle, tant j’ai été séduite par son écriture et touchée par le parcours de vie d’une héroïne qui n’est pas sans rappeler un écrivain que j’apprécie particulièrement, Virginia Woolf.

Je ne peux que vous recommander d’ouvrir sans tarder Un roman anglais. Quant à moi, j’inscris tous les ouvrages de Stéphanie Hochet sur ma liste de souhaits!

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[Lis] A propos du roman « L’Etat Sauvage » de Lalonde: 2) Une analyse, par Le Vert Lisant

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– Analyse.

 

    « A l’Etat Sauvage » est un roman éclaté en sept récits de longueurs inégales qui se succèdent sans ordre chronologique, mais où la dernière histoire sert de conclusion et donne son sens au titre de l’ouvrage. Leur seul point commun en est le personnage central : un romancier. Les (très rares) commentateurs voient dans cet ouvrage l’histoire d’un écrivain en tournée de conférences, tournée qui l’amène à rencontrer des personnages très « typés ». Ce n’est, certes, pas faux, mais je pense qu’il faut aller plus loin et que la clé de ce roman est donnée dès la première page : « Je ne voyageais pas…je fuyais ». Fuir, mais quel ennemi ? C’est ce que cette analyse se propose de découvrir en examinant, un à un, chaque récit.

    C’est la seconde histoire (Marcher la terre) qui éclaire la première. Le romancier constate que des planches de sa galerie sont devenues dangereuses. Renseignements pris, il s’adresse à un menuisier : Hervé. Celui-ci vient d’autant plus volontiers qu’il pense acheter une « terre » proche de celle de l’écrivain. Il remplace les planches défectueuses, mais, au grand étonnement du romancier, il revient le lendemain : son travail n’est pas fini, dit-il, le bois brut doit être poncé jusqu’à être poli, puis teint, puis verni. Peu après, Hervé l’invite chez lui et, là, l’écrivain découvre une demeure « fignolée » à l’extrême, semblable « à l’intérieur d’une de ces maisons de magazine où l’on ne peut s’imaginer…vivre ». Hervé lui confie qu’il va l’abandonner : il a acheté une « terre », ailleurs, avec une cabane où il s’installera. Mais, avant cela, il va partir en tournée : il va faire ses adieux à chaque membre de sa famille.

     On devine que ce perfectionniste recommencera à bâtir une maison qu’il peaufinera pour l’abandonner et partir ailleurs., qu’il ne s’enracinera pas. L’ironie du sort est qu’il meurt écrasé par un tracteur, l’engin d’un « Habitant ».

    **Il convient de déjà noter l’opposition: « bois brut-bois vernis » et « maison sans âme-cabane »

     Le premier récit (La petite goélette rouge à roulette) voit le romancier prendre le traversier qui mène à l’île où résident des amis. C’est, sans leur dire, une visite d’adieu. [même démarche que celle de Hervé]. Sur la plage, il va à la rencontre de leur petit-fils qui a, disent les grands-parents, un jour, cinq ans et, le lendemain, soixante ; c’est une sorte de Confucius, ajoutent-ils, « que notre mode de vie affole ou déçoit » qui aime être sur la grève avec son « bamion » : une goélette rouge qui est à la fois un bateau et un camion, qui aime à ramasser des couteaux, des crevettes et autres macomes, et qui perçoit des images d’évasion, de bateaux, de grottes, de tunnels qui l’appellent vers un monde qu’il devine plus naturel alors qu’il se sent prisonnier de celui-ci.

    **Ici, à nouveau des  contrastes sont manifestes : « six-soixante » ; « langage d’enfant -propos dignes d’un sage » ; « enfant ‘prisonnier’ de l’île-désir de nature et de liberté »

    La troisième partie (Le vent qui ment) le romancier est en tournée de conférences, autant d’occasions pour lui de présenter son livre. Une tournée qui, à cause des intempéries, est prise à rebours. C’est dans une bien petite ville qu’il atterrit. Il découvre que le chauffeur bénévole mis à sa disposition est « Etienne » un ancien condisciple. La conférence ne se donne, et pour cause, que devant une poignée de personnes ; Etienne questionne l’écrivain, à cette occasion : le roman doit-il dire la vérité ; ce dernier acquiesce. Cependant les retrouvailles vont lentement tourner au vinaigre. Etienne rappelle qu’au collège, c’était lui qui écrivait et qui aurait dû devenir romancier. Autre grief : il se retrouve, à plusieurs reprises, dans les romans de l’auteur qui le fait parler beaucoup mieux que lui, dans la réalité. « Vivre vaut mieux qu’écrire » finit par jeter Etienne à la figure de l’écrivain qui se met en rage et, comme deux frères ennemis, ils en viennent aux mains. Après une sorte de réconciliation, Etienne confie au romancier le classeur contenant ses écrits de jeunesse. Ce dernier les brûle dans un baril au fond de la cour du collège, une manière d’effacer la cause de leur différend et parce que ces pages ne sont que littérature c’est-à-dire vaines paroles.

     **La question que l’auteur pose, ici, est : le roman est-il « vrai », est-il ce miroir que l’on promène le long d’un chemin comme l’affirmait Stendhal ? Lalonde voit le roman comme  une œuvre de fiction où le « vrai » cède la place au « vraisemblable », où la vraie vie s’efface devant « l’histoire », c’est pourquoi Etienne du roman n’est plus ce qu’il est « au naturel », avec son existence propre et sa manière de s’exprimer, il est devenu « autre » : un personnage de fiction au langage relevé.

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     Dans la quatrième récit (Devant l’innocence toute neuve), le romancier retrouve  Bérubé Martin dit « le pêcheur » parce qu’il loue des embarcations aux amateurs d’une partie de pêche. Déjà, jeune homme, il exerçait ce métier avec le père de l’écrivain.  « L’affaire » avoue-t-il « c’est de trouver comment accepter ton innocence envolée ». Et de raconter : un soir on frappe énergiquement à leur porte ; c’est une jeune fille de 17 ans qu’ils ont déjà vu rôder tout près de leur hangar. Elle veut savoir combien coûte la location de la chaloupe, de l’attirail de pêche… Après une semaine où, curieusement, ils languissent d’elle, elle revient. Ils font de nombreuses parties de pêche, interrompues par des semaines où elle est absente. Et puis, lors d’une partie, elle se jette à l’eau. Ils vont finir par la retrouver nue, sur un rocher à fleur d’eau. Ils l’emmènent sur la plage et, là, après s’être énergiquement défendue contre leur désir, elle s’enfuit, se sauvant à travers un épais taillis. Ils vont la chercher, en vain, et passer le reste de la nuit comme ayant tout perdu, comme anéantis. Le lendemain soir, elle revient, le visage égratigné et en sang . « On était bien ensemble » dit-elle « mais j’étais une fille et vous des hommes ; on avait oublié cela » et d’ajouter qu’ils pouvaient garder son attirail de pêche parce qu’elle part résider en ville. Elle reviendra, cependant, presque chaque été, mais dit Bérubé : « … c’était plus pareil. Tu comprends, elle était devenue une femme ».

     **L’on retrouve, ici, entre autres, le thème québécois de la ville qui transforme les êtres; la jeune fille « naturelle » et spontanée devient une autre, c’est-à-dire une citadine, une femme qui n’a plus « l’innocence » de l’enfance, tout comme cette dernière a été perdue pour les deux hommes qui ont rompu, par désir, leur pacte d’amitié avec elle.

    Le cinquième volet (Que viens-tu chercher chez les endormis ?) voit le romancier, toujours en tournée, mais en panne de voiture. Il rêvasse quand une voix l’interpelle : « t’es stâllé, on dirait bien ». L’auteur explique à l’homme qu’il est écrivain, qu’on l’attend à l’aréna d’Amos, que c’est une amie, Marielle, qui est à l’origine de sa venue. Bonne surprise, l’homme, Gilles, est mécanicien, Marielle est sa sœur et son garage n’est qu’à deux kilomètres d’ici. Marielle est professeure dans un Cégep (1), elle écrit des poèmes mais ses livres ne se vendent guère. Le romancier abandonne sa voiture aux bons soins de Gilles qui le conduit jusqu’à la porte de l’aréna. Entre deux tasses de thé, Marielle révèle que son frère a enseigné la philosophie pendant une dizaine d’années avant de tout laisser là pour ouvrir son garage…. Le lendemain, Gilles emmène l’écrivain pour une balade, en voiture, dans une route d’abord austère : entre deux rangées d’épinettes puis qui découvre un site magnifique. Mais là n’est pas le but ; ils poursuivent à pied jusqu’à une sorte de tunnel. C’est, là, dit Gilles qu’il veut être enterré.

     **C’est encore une fois, le problème du langage qui sous-tend ce récit. Gilles a abandonné le parler idiomatique de la philosophie non seulement parce qu’il « ne croit plus aux livres », mais surtout pour revenir à une langue populaire, où français et joual se mêlent, parce que cette dernière est naturelle et vraie, qu’elle est celle de tout un chacun. S’il est devenu mécanicien, c’est pour se confronter à des problèmes concrets, loin des abstractions des philosophes, et s’il ne veut pas du cimetière de la ville, c’est parce que celui-ci lui semble « artificiel » et qu’il veut une tombe en pleine nature.

    La sixième partie (Eurêka) voit le romancier prendre le train pour aller n’importe où, pour être ailleurs. Et pourquoi pas à Trois-Pistoles. Va pour Trois-Pistoles. Par chance, il est seul dans son compartiment ; pas tout à fait : un gamin l’aborde, il l’a reconnu, sa mère aime ses livres et ce serait bête d’être seuls, chacun dans un coin. Qui plus est l’écrivain va l’aider à trouver, dans une grille, le « mot mystère » objet d’un concours. L’enfant s’exprime naturellement, repris par l’auteur chaque fois qu’il utilise un mot en joual, et de lui expliquer, aussi, certains termes comme « lacérer, ou de lui citer les cris de divers oiseaux ou encore…. Arrivé à destination, il est accueilli par la mère. Elle donne rapidement son  accord pour qu’ils partent faire une partie de pêche, l’occasion pour le gamin de lui parler de son père qui attrapait le poisson à main nue, « un vrai sauvage », ajoute-t-il, un homme « qui déteste trop les humains pour les peindre. Ils se croient isolés de la nature, les idiots »…. Finalement, le mot mystère est trouvé : « Eurêka ». L’écrivain s’éclipse en catimini, pour reprendre le train, seul cette fois.

      **C’est, une fois de plus, le thème du langage qui revient ici. Au parler populaire de l’enfant, l’auteur n’hésite pas à opposer un français académique, voire pédant. On notera l’indice que l’écrivain donne lorsqu’il fait dire du père qu’il est : « un vrai sauvage » qui rejette ‘l’homme hors de la nature’, autrement dit : le citadin.
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    Septième et dernière partie (That’s a good soldier). C’est le récit le plus court, mais c’est celui qui donne tout son sens à l’œuvre. Le romancier l’avoue, avant de rencontrer Jim Norris, il ne connaissait rien des chevaux. Jim est un descendant d’un « Patriote », d’un de ces colons anglais qui, en 1837, se sont soulevés contre la Grande-Bretagne. Faute d’avoir choisi, il parle un langage où français et anglais s’entrecroisent. Québécois, il est resté « a good soldier », fidèle à son ancêtre. En fait, c’est un paysan, un éleveur de chevaux. Un jour, par un temps de bruine, l’écrivain, en balade s’arrête pour contempler un de ses chevaux, une jument gris pommelé, une bête superbe que la pluie semble illuminer. Sa fascination n’échappe pas à Jim. Les deux hommes font plus ample connaissance et Jim finit par lui proposer une promenade à cheval. L’écrivain accepte, mais la balade tourne mal : il est frappé en pleine figure par une branche. Conduit à l’hôpital, il reste comateux près d’une semaine aux soins intensifs. Jim vient tous les jours lui rendre visite jusqu’à ce qu’il soit tiré d’affaire. C’est alors que Jim avoue avoir vendu la maison de l’écrivain et que la ferme de Jim sera sa maison, et ce, d’autant plus que Jim ayant causé un homicide involontaire part pour un séjour en prison. Le romancier va devoir s’occuper des chevaux : pour chacun « deux ballots de foin par jour ». Il va devoir abandonner son statut de romancier pour celui d’éleveur, il va devoir « recommencer à l’état sauvage. A l’état sauvage… no more no less. »

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    On l’aura constaté, Lalonde procède par opposition : le gamin « Confucius » et celui qui aspire à une vie plus naturelle ; la maison « de revue » et la cabane en plein champs ; la fiction romanesque et la vérité de la vie ; la jeune fille spontanée et « nature » à la femme citadine ; le langage artificiel de la philosophie et de la poésie à celui naturel des Québécois; l’intellectuel et le manuel occupé à des tâches concrètes, le parler de l’enfant à celui recherché et pédant de l’écrivain, et, enfin, le romancier au paysan. Tout cela nous ramène à la question posée au début : « je fuyais », mais quel ennemi ? L’ennemi, se sont tous les « encombrements » selon les termes de Hervé et d’énumérer : enfants, femme, famille, auquel il faut ajouter : tout ce qui n’est pas vrai et naturel, tout un mode de vie qui éloigne l’homme de la nature.

      A l’Etat Sauvage n’est pas un roman de la terre ni celui de la ville, il participe tout à la fois au mouvement de la révolution tranquille qui, chez certains auteurs, désorganisait le récit et au mouvement post référendum qui vit naître un certain désenchantement. Il appartient plutôt, à mon sens, à la mentalité : « coureur des bois » vivant de liberté et de la nature dont il ne peut se détacher. La modernité, dans ce roman, est vécue comme une aliénation où l’homme « dénaturé » s’oppose à l’homme authentique, au « bon sauvage », en quelque sorte. « A l’Etat Sauvage », en définitive, s’inscrit, en quelque sorte, dans un courant de pensée qui est le fruit des idées développées par Jean-Jacques Rousseau.

 

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     A l’Etat Sauvage est un court roman superbement écrit et où les descriptions de la nature sont remarquables de beauté. Chacun des sept récits révèle une histoire sinon une intrigue prenante. Les quelques expressions et termes en « joual » se comprennent sans trop de difficulté. A tous égards, l’œuvre est attachante. Il est dommage qu’elle soit méconnue hors Québec. En consultant Amazon, je n’y ai vu aucun commentaire à propos de ce livre ; pourquoi n’y écririez-vous pas le vôtre?

 

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(1) Le Cégep (collège d’enseignement général et professionnel), correspond plus ou moins aux deux dernières années de nos humanités. C’est un bâtiment séparé où vont les élèves des différents établissements dits du « secondaire », qui souhaitent poursuivre leurs études. L’enseignement y est donné de manière à préparer les étudiants au mode de vie universitaire.

[Lis] Comment se dire adieu, Laurie Colwin

Bonsoir à tous!  C’est avec un peu de retard que je vous propose ce soir une nouvelle note de lecture, consacrée à un roman trouvé par hasard en bouquinerie: Comment se dire adieu?, de Laurie Colwin.

A vingt ans et quelque, Geraldine Coleshares, plaque sa thèse sur Jane Austen ou la guerre des sexes, pour être la première danseuse blanche du plus grand groupe rythm and blues de tous les temps : Ruby Tremblay & les Tremblettes.

Difficile, dix ans plus tard, de répondre aux questions des amis très chics de son mari avocat, même quand on a travaillé (un peu), fait un bébé (génial), trouvé un amant (juste un soir). Car Geraldine, elle, hésite encore : diva pop noire ou juive d’Europe centrale d’avant l’Holocauste, ça lui plairait bien.  

 

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Comme je vous l’écrivais à l’instant, je ne connaissais rien de cet ouvrage, ni de son auteur, mais je me suis sentie attirée par la jolie couverture et par la promesse d’un personnage un peu perdu face à l’âge adulte et les attentes sociales qui y sont bien souvent associées.

Ma première impression fut la bonne: c’est exactement le point focal du roman, qui repose presque entièrement sur les épaules de sa narratrice. Ce parti pris se révèle à double-tranchant, car Geraldine, avec ses hésitations continuelles et ses questionnements existentiels, risque de susciter des sentiments assez tranchés chez le lecteur. Heureusement, pour ma part, le charme a opéré et je me suis prise d’affection pour cette jeune femme en quête de sens.

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Si vous vous attendez à une plongée dans l’univers musical des seventies, vous risquez fort d’être déçus. En effet, bien que des références, des souvenirs et des anecdotes émaillent le roman, seuls les premiers chapitres sont véritablement consacrés à la vie de choriste de Geraldine – et ils sont narrés a posteriori. Le récit se centre plutôt sur son existence après la tournée et sur sa difficulté à retrouver un mode de vie plus conventionnel.

Car, alors que la plupart des tremblettes envisagent leur participation au groupe comme un emploi éphémère, qu’elles quittent d’elles-mêmes pour poursuivre leurs véritables aspirations, notre narratrice considère, au contraire, sa brève carrière musicale comme ses meilleures années et a bien du mal à rebondir, une fois évincée de la scène.

Geraldine ne sait, en vérité, absolument pas ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle n’a pas de réelles ambitions professionnelles, ni de forte envie de fonder une famille. Habituée, depuis l’enfance, à décevoir sa mère, elle ne semble trouver un sens à ses actes que dans un certain mépris des conventions. Certes, elle se marie, mais la cérémonie se déroule dans le secret le plus total, et quand elle prend un emploi, c’est dans un quartier réputé dangereux, que sa famille désapprouve.

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De toute façon, notre héroïne a bien compris qu’il est impossible de satisfaire tout le monde. Ce constat se cristallise au moment de la naissance de son fils, qui entraîne un flot ininterrompu de conseils contradictoires et de jugements à peine voilés.

Heureusement, Geraldine peut alors compter sur une autre maman rebelle, Ann, dont la mèche verte et la surconsommation de caféine attirent instantanément la narratrice. Leurs réunions, souvent clandestines, ont constitué mes passages favoris de tout le roman. Leur regard lucide et hautement sarcastique sur la maternité et sur le monde qui les entoure m’a beaucoup amusée.

En conclusion, Comment se dire adieu? est une jolie découverte et une agréable surprise, qui me donne envie de mettre la main sur d’autres titres de cet auteur!

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