[Lis] Le Château de Cassandra, Dodie Smith

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Bonjour à tous! Aujourd’hui, j’ai volé un peu de temps pour vous préparer l’article promis: il s’agit d’une note de lecture consacré à un roman véritablement inoubliable, intitulé Le Château de Cassandra.

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Cassandra ! Un prénom romanesque, à l’image du château perdu au fin fond de l’Angleterre où vit la jeune fille avec toute son excentrique famille : un père écrivain qui se refuse à écrire, la merveilleuse Topaz, belle-mère fantasque aux tendances naturistes, Rose, la sœur aînée rêvant au grand amour, sans parler de Stephen, le jeune jardinier qui n’a d’yeux que pour Cassandra.

Au fil de ses cahiers, cette dernière relate les événements qui jalonnent leur existence, avec autant de sensibilité que d’ironie. Mais quand surgissent deux beaux et riches Américains dans le manoir voisin, la vie au château en est subitement bouleversée…

 

Dès que j’ai reçu ce livre, sous le sapin Noël dernier, j’ai senti à quel point il était spécial. Pour cette raison, et comme à mon habitude, j’ai choisi de ne pas me précipiter et d’en savourer la perspective pendant quelque mois… le temps que le moment parfait survienne. L’automne, plus que tout autre saison, s’est avéré idéal pour me plonger enfin dans le journal de la jeune Cassandra.

 

Comme je le pressentais, la magie a opéré de la première à la dernière page. Mais, alors que je m’attendais à une romance agréable quoiqu’un peu convenue, je me suis aperçue qu’il n’en était rien: Cassandra est loin de la jeune fille en fleur attendant patiemment le prince charmant. Pleine d’esprit, aussi mature que candide, elle nourrit de grands rêves et refuse de céder à la facilité ou à la médiocrité. Son tempérament curieux et sa vivacité d’esprit l’incitent à se passionner pour l’écriture et la musique, mais aussi à tenter de comprendre le monde, en particulier ses proches.

Sa sœur, Rose, est en cela bien différente d’elle. Aucun centre d’intérêt ne semble susceptible de la faire dévier de son unique objectif: être la plus séduisante et épouser un homme riche afin de mettre un terme à la misère qui l’accable. En effet, la vie de château a beau revêtir un caractère résolument romantique, elle ne parvient pas à dissimuler la pauvreté à laquelle les Mortmain sont réduits: les meubles de valeur ont tous été vendus, les armoires se vident une à une et les vêtements usés ne sont plus remplacés.

Si le modeste salaire de Stephen et ses talents de jardinier permettent tant bien que mal de remplir les assiettes, c’est néanmoins sur le père de famille que reposent toutes les attentes. Homme de lettres reconnu, ce dernier a sombré dans l’inertie la plus totale suite au succès retentissant de son premier ouvrage. Une telle situation désespère Topaz, sa seconde épouse, qui – comble de l’ironie! – se trouve être la muse des plus grands peintres londoniens!

Lorsque deux frères venus d’Outre-Atlantique s’installent dans la propriété voisine, la vie de la maisonnée se voit changée à jamais. Leur exotisme et la sympathie qu’ils témoignent envers les Mortmain sèment l’espoir et ouvrent de nouveaux horizons pour chaque membre de la famille. Mais, alors que les sentiments s’en mêlent, les événements risquent de prendre une tournure pour le moins inattendue…

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Le Château de Cassandra est un roman à la première personne, qui brosse le portrait d’une jeune fille à l’aube de l’âge adulte. Cette chronique familiale se révèle aussi touchante qu’amusante: j’ai beaucoup souri, mais j’ai également ri à gorge déployée, à plus d’une reprise.

Topaz est une belle-mère extraordinaire, loin de la marâtre des contes de fées, et ses répliques sont toutes à la hauteur de son caractère original et hautement théâtral. Cassandra porte un regard lucide et bienveillant sur les excentricités des Mortmain. Si elle semble la plus raisonnable d’entre eux, elle n’en conserve pas moins une imagination foisonnante et une sensibilité exacerbée qui font d’elle un personnage imparfait et attachant.

Je ne connaissais pas Dodie Smith, pourtant auteur des 101 Dalmatiens, mais je compte désormais lire absolument tout ce qu’elle a écrit. J’envisage également – mais avec appréhension – de regarder l’adaptation cinématographique, intitulée Rose et Cassandra et mettant en scène Rose Byrne et Romola Garai.

Le Château de Cassandra est un coup de foudre littéraire comme on en a peu, et si mon avis ne suffit pas à vous convaincre, peut-être que celui de J.K. Rowling sera plus efficace: « Cassandra est l’un des personnages les plus charismatiques que j’aie jamais rencontrés ».

A votre tour de faire sa connaissance!

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[Lis] Faute de choix, Patricia Wentworth – Par le Vert Lisant

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A nouveau un roman de Patricia Wentworth ? Eh bien, oui ! J’avoue que lorsque je trouve un auteur agréable à lire, je suis tenté par les autres romans de celui-ci. En plus, il est particulier à bien des égards : publié en 1931, il n’appartient ni à la catégorie « Miss Silver », ni aux quelques romans d’espionnage ou d’aventures qu’elle a publiés par la suite. Il se définit plutôt comme une œuvre « à mystère ». Le roman présente un autre aspect singulier : il alterne une narration écrite « à la première personne » avec celle du journal intime où le héros rapporte une suite d’événements qui le laissent totalement perplexe. Cette forme d’écriture soutient l’intérêt d’un récit qui, par ailleurs, est très plaisant. Le titre en anglais,  « Beggar’s choice », s’avère plus explicite que celui en français.

*

Pauvre Carthew Fairfix, un mauvais sort ne cesse de s’acharner sur lui. Son père décède et ne lui laisse que des dettes ce qui, faute de pouvoir tenir son rang d’officier, l’oblige à démissionner de son régiment. Il est engagé par l’associé de son père, mais celui-ci fait rapidement faillite. Le voilà contraint de se faire embaucher par des firmes de plus en plus minables qui, l’une après l’autre le congédie sans raisons valables, semble-t-il. Et pauvre, il l’est à présent. Incapable de payer son loyer, sautant les repas qu’il n’a plus les moyens de s’offrir, il en est à mesurer ses pas tant il redoute l’usure de ses semelles. Ses amis ne lui sont d’aucun secours : ils lui ont tourné le dos….. Et s’il n’y avait que cela ! Gravite autour de Cart trois jeunes filles qui se sont entichées de lui  : Anna, sa cousine avec laquelle il n’a jamais cessé de se disputer depuis leur toute enfance ; Fay, qui a fini par épouser le fils de l’associé failli : Peter qui est filé aux États-Unis tout en laissant celle-ci, qui habite dans la même pension que Cart, à la bonne garde de ce dernier. Et puis, il y a Isobel Tarrant, celle qu’il aime mais qu’il n’ose même plus approcher tant il est dans la dèche.

Son richissime oncle aurait pu l’aider mais à la condition qu’il épouse Anna. Cart a refusé avec énergie, l’oncle s’est fâché, ils se sont violemment disputé et l’oncle l’a déshérité.

Et voilà que Fay vient pleurer sur son épaule : elle a besoin de 500 livres (1), elle s’est endettée et soit elle rembourse, soit elle devra s’impliquer dans un trafic de drogue. Que faire, il n’a même pas un penny ? Cependant un prospectus attire son attention : « Voulez-vous 500 livres ? Si vous désirez les gagner écrivez à Boîte Z.10, Bourse international du travail, 187 Falcon street ». Le montant qui aiderait Fay !! Il poste sa lettre, on lui donne un rendez-vous le soir. Il s’y rend. C’est à Olding Crescent, un endroit particulièrement sombre. Là, on l’amène en voiture vers une cabane, où on lui propose bien 500 livres mais s’il consent à passer 3 ans en prison à la place d’un autre. Refus et direction la sortie. Aussitôt, on le rappelle et il se retrouve face à Anna qui avoue avoir falsifié un chèque : elle a imité la signature de l’oncle. Cart n’a qu’à faire un autre faux chèque, s’accuser, aller en prison à sa place et recevoir les 500 livres. Nouveau refus, pour tout l’or du monde, il n’entrerait dans pareille combine. Ne reste plus qu’à le reconduire.

Cart rentre dans sa pension. Le lendemain, il est de plus en plus perplexe: « z10 » lui a adressé une lettre. Il est désolé de n’avoir pu être présent au rendez-vous ; il lui en fixe un autre, même heure, même endroit. Cart n’y comprend plus rien. Il va à ce rendez-vous. « z10 » agit, dit-il, pour un patron dont il ne peut dévoiler le nom. Ce dernier désire l’embaucher par un travail secret. Il lui offre une avance de 10 livres. En contrepartie, il devra convier une jeune femme à dîner avec lui au Léonardo, un restaurant chic et cher, et puis d’y danser. Ce sera l’occasion pour son patron de l’observer et de voir s’il convient.

Il va retirer son habit de soirée au Mont de piété, et invite Fay. Qui d’autre ? La soirée voit arriver des connaissances. Il aperçoit Isobel (puis Anna) avec qui il bavarde et danse. L’épreuve est-elle passée avec succès ? Oui, sans doute car « z10 » se manifeste avec de nouvelles directives : « Il doit accepter toute invitation, rencontrer du monde et renouer avec ses anciennes connaissances. »  La semaine suivante, il reçoit, par courrier, une autre avance : 50 livres. Pauvre comme Job, il y a peu de temps, voilà qu’à présent les billets lui tombe dessus comme la pluie en automne. Entre-temps, Fay lui a déclaré n’avoir jamais eu besoin de 500 livres, qu’elle n’a jamais été soumise à un chantage…C’est lui qui a imaginé tout cela, il l’a rêvé. Cart a l’impression que l’on joue, avec lui, à colin maillard..

Il renvoie les 50 livres à « z10 » ; il ne les mérite pas : il n’a effectué aucun vrai travail. « z10 » lui fixe, alors, un rendez-vous, toujours à la même heure et toujours au même sombre endroit. Il le fait monter dans une voiture et lui propose, comme son oncle la déshérité, de se venger de lui et, pourquoi pas, de l’éliminer. « Fripouille » hurle Cart bouillant de rage. Se sentant menacé, l’insaisissable « z10 » sort promptement de la voiture. Cart tente de le suivre, le perd pour voir l’homme lui échapper et fuir dans sa voiture.

Après un autre épisode à Olding Crescent où, s’étant introduit dans le parc d’une villa, il apprend qu’Anna complote contre lui et qu’elle a voulu l’impliquer dans un trafic de drogue, il découvre dans sa chambre tous ses vêtements éparpillés et Fay au milieu. Repentante, elle avoue avoir été contrainte de coudre dans le revers d’une de ses vestes, un bijou d’une valeur inestimable que l’on a volé à son oncle. Cart se rend compte qu’il est tombé dans un traquenard. Des indices, le bijou en sa possession, tout l’accuse. La police est à ses trousses. En fait, elle est déjà dans l’escalier. Il se sauve par les toits et trouve une lucarne ouverte. Il se glisse dans la maison et entre dans une chambre ; c’est celle d’une dame âgée qui assise sur son lit sèche sur les définitions d’un mot croisé. Il lui souffle quelques solutions. Du coup, parce que ces événements rompent avec la monotonie de son existence et qu’il n’est ni un voleur ni un assassin, la dame le cache dans sa garde-robe et rabroue le policier venu fouiller la maison.

C’en est de trop, à la fin ! Cart, furieux, prend une décision. Et, dès lors, les événements vont se précipiter et…. c’est la suite et fin d’une l’histoire  où notre personnage s’est vu confronté à des événements aussi énigmatiques pour lui que pour le lecteur qui, a aucun moment du récit, ne peut deviner tout ce qui se trame en coulisses.

*

Patricia Wentworth réussit à maintenir le suspens jusqu’au bout d’une histoire fertile en rebondissements et en énigmes. L’auteure, mal voyante, dictait ses romans, le résultat est un style fluide que la version française respecte. Les chapitres courts font, pour la plupart, rebondir une action qui accroche le lecteur. L’œuvre est racontée de manière alerte avec une pointe d’humour de ton et de situations. Tout cela fait de « Faute de choix » un roman sans prétention, bien mené et agréable à lire. Il devrait retenir votre attention.

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(1) En 1930, c’est une somme considérable ; c’est aussi une offre exceptionnelle au moment de la grande crise due au krach de 1929.

[Lis] L’homme au masque gris, Patricia Wentworth – Par le Vert Lisant

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Je gage que ce nom ne vous dit rien. C’est, en fait, celui de plume de Dora Amy Elles Dillon. Cette dernière, après avoir publié quelques romans, se mit aux « policiers » en créant, en 1928, le personnage de « Miss Silver », soit deux ans avant qu’Agatha Christie ne mette en scène sa fameuse détective « Miss Marple » qui lui ressemble par certains points. Miss Silver mènera l’enquête dans une trentaine de romans qui appartiennent au genre dit classique. Elle est une gouvernante retraitée, toujours attifée de vêtements démodés, passant ses loisirs à tricoter et aimant citer Tennyson. Mais, comme détective, elle est d’une redoutable efficacité. Elle écoute, enregistre les faits et gestes, a l’art – avec son air doux et aimable –  d’obtenir des renseignements que l’on a cachés à la police. Tout comme Hercule Poirot, elle fait fonctionner ses « petites cellules grises » et démasque, ainsi, le coupable. Il s’agit, donc, de romans policiers basés plus sur la réflexion que sur l’enquête elle-même. En Grande-Bretagne, elle est considérée comme une « armchair detective ».

Publié  en 1930 en France(1), ses romans, contrairement à ceux d’Edgard Wallace qui écrivit à la même époque,  n’ont pas vieilli ; ils se lisent aussi bien que ceux d’Agatha Christie qui, pourtant a fini par les occulter, et mieux que certains policiers d’aujourd’hui. Le style est excellent, absolument pas daté ; les intrigues bien menées ; les personnages bien tracés et le récit saupoudré d’une pincée d’humour.

Dans « L’homme au masque gris », Miss Silver joue surtout un rôle (important) dans les coulisses de l’histoire, cédant le premier plan aux différents protagonistes. Dans les romans suivants, Patricia Wentworth approfondira son personnage en lui donnant ses traits caractéristiques ; elle lui fera, alors, jouer un rôle beaucoup plus essentiel et, surtout, beaucoup plus visible.

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Après 4 années d’absence, Charles Moray rentre en Grande-Bretagne, pour recueillir l’héritage que lui a légué son père. Le soir, il décide d’une visite dans l’hôtel de maître familial. Il est étonné de trouver les entrées ouvertes et encore plus de remarquer un trait de lumière sous une des portes. Gamin, il avait trouvé le moyen de voir ce qui se passait dans cette pièce. Il y découvre un homme, le visage dissimulé par un masque gris qui interpelle, sèchement, des complices par leur numéro. A l’un il demande de s’assurer qu’il n’y plus aucun testament, à l’autre il ordonne : « Epousez-la ; si elle refuse, tuez-la ». Charles tombe des nues quand il voit apparaître, dans cette pièce, pendant quelques instants,  Margaret Langton, la fiancée qui a rompu avec lui, de manière inexplicable, alors qu’ils étaient sur le point de se marier, il y a quatre ans.

Plus question, alors, d’appeler la police et, ainsi, de l’impliquer. Sur les conseils d’un ami, Charlie, il s’adresse donc à une détective réputée : Miss Silver. Cette dernière est au courant des méfaits du « Masque gris », un redoutable et insaisissable escroc.

Entre temps arrive, à Londres, la jeune  et un peu écervelée Margot Standing. Elle a quitté la pension suisse, où elle résidait, car elle devrait hériter de son richissime père. Mais, elle se heurte aux manœuvres de son cousin Egbert : le notaire ne possède aucun testament, d’une part, et elle ne peut produire un acte de mariage, d’autre part. Elle est, par conséquent, considérée comme une fille illégitime qui n’a droit à rien. Bien sûr la solution serait qu’elle épouse Egbert, sinon elle serait à la rue et sans aucune ressource. Mais, cette idée lui répugne et elle refuse. Quelques jours plus tard, elle surprend une conversation où l’on intime à son cousin l’ordre de la supprimer. Prise de panique, elle s’enfuit et se retrouve à errer dans les rues de Londres, sans argent et sous la pluie.

Margaret  Langton qui revient de chez Freddy Pelham, son beau-père (un homme effacé, célèbre pour raconter, sans fin, des histoires sans intérêt), la trouve trempée comme une soupe et au désespoir. Intriguée par le nom que cette dernière lui donne, elle décide de l’héberger. Mise en confiance, Margot lui révèle quelle est sa situation et les dangers qui la menacent. Charlie qui vient rendre visite, comprend, de suite, que c’est elle dont les comploteurs parlaient. Il prévient Charles Moray qui accourt ; c’est aussi l’occasion, pour lui, de renouer le contact avec son ex-fiancée dont il est toujours amoureux. Rapidement, il avertit Miss Silver des développements de la situation ; elle doit poursuivre son enquête. Par précaution, Margaret est présentée à Freddy Pelham sous le pseudonyme de Greta Wilson.

Entre temps, Charles a reconnu, en rue, un des membres de la bande d’escrocs. Il n’est autre que Jaffray le majordome de son père. Sa carrure, ses cheveux roux le désignent. Il le suit mais c’est pour le voir, finalement, monter dans une mystérieuse Daimler. Miss Silver, après enquête, peut dire quel est le garage où le majordome a acheté cette voiture, elle peut même donner le numéro des billets qui l’ont payée mais, quant à savoir pour qui Jaffray agissait….

Lors d’un repas, chez Pelham, Margot,  jeune écervelée parle de trop. Si bien que, quelques jours plus tard, Margaret Langton trouve que son appartement a été fouillé de fond en comble. Peu après, Margot  échappe de justesse à la mort : alors qu’elle revenait du théâtre, avec Charles, Charlie, Margaret et son beau père, on l’a poussée pratiquement sous les roues d’un autobus.

Il est clair qu’elle est en danger à Londres. Charlie l’envoie chez une de ses cousines, en province, Celle-ci l’amène dans un grand magasin, la quitte quelques minutes et constate, à son retour, que Margot était partie avec un homme à forte carrure qui l’avait fait monter dans…. une Daimler.

Charles, mis au courant, se précipite chez Miss Silver qui lui donne, illico, l’adresse où se trouve Margot. Il s’y rend, est introduit par un majordome et trouve la jeune fille vautrée sur un divan et occupée et s’empiffrer de chocolats.

C’est le premier d’une série de coups de théâtre où Miss Silver intervient à nouveau et fort à propos. Et, bien évidemment, le « Happy end » clôture le récit, avec escrocs mis sous les verrous, fiançailles et mariage. Quant au « masque gris », son identité est dévoilée, grâce à Charlie et Miss Silver ; il est mis en fuite et périt dans un accident d’avion.

*

Est-ce bien un roman policier ? Je pencherais pour un « roman criminel » teinté d’humour et faisant une – très discrète – part à une romance amoureuse. On trouve une bande criminelle menée par un individu masqué, copie de James Moriarty,  une orpheline éplorée et menacée de la ruine, des amours contrariées. Tout cela aurait pu tourner au mélo fade et sentimental. Heureusement, il n’en n’est rien. Le récit, fait de chapitres courts, ne laisse pas l’intérêt s’évader, les rebondissements soutiennent une intrigue astucieuse et moins confuse qu’il n’y paraît dans ce résumé succinct. Le lecteur adhère rapidement à des personnages bien campés.

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Pour dire vrai, Patricia Wentworth s’est lancée avec ce premier roman,  dans le genre « policier » dont elle ne maîtrisait pas encore toutes les règles. Il en sera tout autrement dans le suivant : « L’affaire est close », et pour les suivants.

La série « Miss Silver », bien injustement méconnue en France, est d’une lecture des plus agréables et qui pourrait vous faire passer de bons moments. Un certain nombre de ses romans (2) sont parus dans la série 10/18 ; pourquoi, alors, ne pas vous laisser tenter ?

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  • et non en 1934, comme l’on peut le lire sur Internet. L’édition 1930 chez Firmin-Didot, dont je me suis servi, est quasi introuvable.
  • dont celui-ci, en 1995, paru sous le titre : « Masque gris ». Cette édition bénéficie d’une nouvelle traduction qui reprend certains passages qui avaient été omis (sans que cela nuise à l’intrigue), dans la première publication.

Merci le Vert Lisant!

[Lis] Rien n’est trop beau, Rona Jaffe

Bonjour à tous!  Je suis heureuse de vous revenir avec un article littéraire particulièrement enthousiaste, et pour cause: le roman dont je vais vous parler est considéré comme fondateur pour la chick lit, mais aussi pour l’excellente série télévisée Mad Men!  Une lecture incontournable, donc!

Lorsqu’il fut publié en 1958, le premier roman de Rona Jaffe provoqua l’engouement de millions de lectrices américaines. Elles s’identifièrent immédiatement à ses personnages, de jeunes secrétaires venues d’horizons différents employées dans une grande maison d’édition new-yorkaise. Leurs rêves et leurs doutes reflétaient ceux de toute une génération de femmes.

Il y a la brillante Caroline, dont l’ambition est de quitter la salle des dactylos pour occuper un poste éditorial. Mary Agnes, une collègue obnubilée par les préparatifs de son mariage. La naïve April, jeune provinciale du Colorado venue à New York pour faire carrière dans le show business.

Si la ville semble leur offrir d’infinies possibilités professionnelles et amoureuses, chacune doit se battre avec ses armes pour se faire une place dans un monde d’hommes.

Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme de ce roman à l’univers très immersif. Absorbée par l’atmosphère si particulière de la ville qui ne dort jamais, je l’ai également été par cette décennie de grands changements que furent les années 1950.  Cependant, tout en étant séduite par cette période, qui me fait rêver par ses modes vestimentaires si élégantes, son respect des bonnes manières et par l’apparente simplicité de son mode de vie, je n’ai pu réfréner un sentiment moins agréable concernant la place de la femme dans une telle société.

Pour toute jeune fille, même la plus ambitieuse et la plus brillante (incarnée en l’occurence par Caroline), le but de l’existence se doit d’être le mariage. Une femme célibataire pourra rencontrer un éclatant succès professionnel et mener une vie sociale passionnnante, elle n’en inspirera pas moins un sentiment de pitié, parfois teinté de mépris, à son entourage. Caroline, d’ailleurs, ne se plonge dans le travail que pour oublier un homme qui, malgré la façon dont il l’a abandonnée, continue de faire battre son coeur.

April, apprentie comédienne et éternelle provinciale, manque tant de confiance en elle qu’elle préfère se voiler la face quant au manque d’intérêt de son petit ami issu de la bonne société. Incapable d’envisager un scénario sans fin heureuse, elle s’imagine remontant l’allée, dans la plus belle des robes blanches, alors que tous les signes indiquent une issue moins optimiste. Gregg, quant à elle, souhaite si désespérément prouver son amour à l’homme qui partage sa vie qu’elle ne perçoit que trop tard qu’elle ne le comprend pas et à quel point elle l’étouffe.

Je me suis attachée à chacune de ces filles, malgré leurs défauts et leurs erreurs, leur manque de lucidité et d’ambition, c’est pourquoi j’ai ressenti un réel élan de compassion à leur égard. Je pense qu’une telle pression de la société, qu’un tel conformisme des attentes, avait de quoi rendre folle n’importe quelle jeune femme souhaitant mener sa vie comme elle l’entend!

En conclusion, si vous vous aimez Mad Men, si vous vous intéressez aux années 50, ou tout simplement aux destins de femmes, vous devriez adorer Rien n’est trop beau!